Accueil > Morphine > M121

M121

44C

lundi 26 janvier 2015, par Guillaume Vissac

Tu veux repartir tout de suite, on te dit ce
n’est pas possible tout de suite, à cause de
la tempête, tu ne veux rien savoir, quelques
personnes te proposent de passer la nuit ici
mais tu refuses, de l’autre côté on insiste,
ça dure un petit moment, & puis on finit par
te donner un verre de Mezcal & 2 tranches de
jambon sous plastique & un café serré un peu
trop noir. Après être allé voir le visage de
la morte une dernière fois te revoilà dehors
& mordu par le froid. L’aile de la voiture a
la tôle grafitée par le vent & la grêle. Ici
ou là il y a dû y avoir de la grêle, pendant
qu’elle rendait l’âme peut-être. Tu demandes
s’ils connaissent la route. L’un des hommes,
l’un des 2 pompiers aux yeux gonflées par la
tendresse, dit qu’ils connaissent la route &
que ça ne change rien au fait qu’il vaudrait
mieux pour toi dormir, ici, cette nuit & que
l’on attende le lendemain pour repartir. Ils
ont la même tête l’un & l’autre, & aussi les
mêmes cheveux & la même nuque. Tu ignores la
voix du conducteur & tu ignores l’autre voix
qui ne dit rien mais ça se lit dans sa nuque
ce qu’il ne dit pas & c’est l’évidence même.


<  -  >
{Révisions}

1 révision

M121 , version 2 (26 janvier 2015)

Tu veux repartir de suite, ils refusent, vous argumentez argumenter , tu l’emportes, 2 pompiers montent en voiture pour te ramener à l’hôpital de Morievo dans la tempête.

Tu veux repartir tout de suite, on te dit ce
n’est pas possible tout de suite, à cause de
la tempête, tu ne veux rien savoir, quelques
personnes te proposent de passer la nuit ici
mais tu refuses, de l’autre côté on insiste,
ça dure un petit moment, & puis on finit par
te donner un verre de Mezcal & 2 tranches de
jambon sous plastique & un café serré un peu
trop noir. Après être allé voir le visage de
la morte une dernière fois te revoilà dehors
& mordu par le froid. L’aile de la voiture a
la tôle grafitée par le vent & la grêle. Ici
ou là il y a dû y avoir de la grêle, pendant
qu’elle rendait l’âme peut-être. Tu demandes
s’ils connaissent la route. L’un des hommes,
l’un des 2 pompiers aux yeux gonflées par la
tendresse, dit qu’ils connaissent la route &
que ça ne change rien au fait qu’il vaudrait
mieux pour toi dormir, ici, cette nuit & que
l’on attende le lendemain pour repartir. Ils
ont la même tête l’un & l’autre, & aussi les
mêmes cheveux & la même nuque. Tu ignores la
voix du conducteur & tu ignores l’autre voix
qui ne dit rien mais ça se lit dans sa nuque
ce qu’il ne dit pas & c’est l’évidence même.



Tu veux repartir de suite, ils refusent, vous argumentez, tu l’emportes, 2 pompiers montent en voiture pour te ramener à l’hôpital de Morievo dans la tempête.


°

Notes


Cf. Récits d’un jeune médecin, « La tempête de neige » (Livre de Poche), P. 53.

°