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M129

44C

mardi 3 février 2015, par Guillaume Vissac

Léopold a semble-t-il conservé précieusement
une cassette dans du papier d’aluminium. Par
la suite, il l’a camouflée dans le mur de la
cave à la place d’une brique. Tu es tombé là
dessus par hasard. Le ciel est plein de rose
phosphorescent, de neige en apprentissage de
la neige. Il n’y a aucun bruit dans l’écran,
il n’y a aucun bruit contre la vitre froide.
La nuit est de l’autre côté. La VHS tourne &
tourne dans le vide depuis plus d’une heure.
Il n’y a rien sur cette bande. Elle est vide
à l’image. Elle ne sent rien. L’écran, c’est
de l’eau noire. Ni neige ni mire. De l’eau &
de l’eau noire. Elle émet une série nuisible
de chuchotements effervescents : bruit blanc
du monde magnétique. Pour une raison qui t’a
échappé & qui t’échappe toujours, tu refuses
d’user de la touche avance rapide. Cette VHS
est semble-t-il précieuse, on s’est donné du
mal pour la cacher, pour la chérir & pour la
protéger du temps, de l’humeur humide de ces
caves qui n’appartiennent à rien ni personne
& qui sommeillent sous le niveau du plancher
d’un logement dit de fonction sans âme. Il y
a donc de fortes probabilités pour que, dans
le noir de l’écran, au fond de la matière, à
l’orée cathodique du tube, une image s’isole
du grumeau frissonnant, un instant sensible,
quelque chose qui a insufflé une âme chez un
corps humain bombardé d’émotions. & tu ne te
sens pas de violer cette bande aluminée : tu
ne peux pas te résoudre à presser la touche,
cette touche, la touche avance rapide. C’est
ainsi. La fonte de la fenêtre pressée sur ta
peau, appuyée sur ton front, te pousse aussi
dans cette direction. C’est comme si la nuit
magnétique adhérait. & puis, c’est agréable,
ici, ainsi, de s’abandonner aux sons noirs &
blanchis de l’effervescence, de sentir l’eau
froide de la condensation rouler sur la peau
de ton front, de communier sans mot avec les
morceaux de la nuit, de fermer les yeux rien
qu’une seconde, une tasse de thé chaude dans
la main, les trapèzes relâchés, l’âme suave.


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{Révisions}

1 révision

M129 , version 2 (3 février 2015)

Léopold a semble-t-il conservé précieusement
une cassette dans du papier d’aluminium. Par
la suite, il l’a camouflée dans le mur de la
cave à la place d’une brique. Tu es tombé là
dessus par hasard. Le ciel est plein de rose
phosphorescent, de neige en apprentissage de
la neige. Il n’y a aucun bruit dans l’écran,
il n’y a aucun bruit contre la vitre froide.
La nuit est de l’autre côté. La VHS tourne &
tourne dans le vide depuis plus d’une heure.
Il n’y a rien sur cette bande, elle est vide
à l’image , elle ne sent rien . Elle est vide
à l’image.
Elle ne sent rien. L’écran, c’est
de l’eau noire. Ni neige ni mire. De l’eau &
de l’eau noire. Elle émet une série nuisible
de chuchotements effervescents : bruit blanc
du monde magnétique. Pour une raison qui t’a
échappé & qui t’échappe toujours, tu refuses
d’user de la touche avance rapide. Cette VHS
est semble-t-il précieuse, on s’est donné du
mal pour la cacher, pour la chérir & pour la
protéger du temps, de l’humeur humide de ces
caves qui n’appartiennent à rien ni personne
& qui sommeillent sous le niveau du plancher
d’un logement dit appartement de fonction sans âme taciturne . Il y
a donc de fortes probabilités pour que, dans
le noir de l’écran cet écran , au fond de la matière , à
l’orée cathodique du tube , une image s’isole
du grumeau frissonnant , un instant sensible ,
finisse par apparaître
quelque chose qui a insufflé une âme chez un
corps humain bombardé d’émotions. & tu ne te
sens pas de violer cette bande aluminée : tu
ne peux pas te résoudre à presser la touche,
cette touche, la touche avance avance rapide. . C’est
ainsi. La fonte de la fenêtre pressée sur ta
peau, appuyée sur ton front, te pousse aussi
dans cette direction. C’est comme si la nuit
magnétique adhérait. & puis, c’est agréable,
ici, ainsi, de s’abandonner aux sons noirs &
blanchis de l’effervescence, de sentir l’eau
froide de la condensation rouler sur la peau
de ton front, de communier sans mot avec les
morceaux de la nuit, de fermer les yeux rien
qu’une seconde, une tasse de thé chaude dans
la main, les trapèzes relâchés, l’âme suave.

Interlude #4, La fiancée fiancé de la rose (薔薇の花嫁)

Une autre VHS : quelqu’un l’a conservée précieusement dans du papier d’alu & l’a cachée dans l’une des briques du mur. Elle semble vide ou vierge mais tu la laisses tourner vide en regardant la nuit.



Une autre VHS : quelqu’un l’a conservée précieusement dans du papier d’alu & l’a cachée dans l’une des briques du mur. Elle semble vide ou vierge mais tu la laisses tourner vide en regardant la nuit.


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Notes


Interlude #4, La fiancée de la rose (薔薇の花嫁)

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