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M149

44C

mardi 24 février 2015, par Guillaume Vissac

Damian Loukitch mâche & parle & avec la même
bouche il pose des mots ou des sons sous son
petit poisson à l’huile qu’il a au bout d’un
bout d’une de ses lèvres. Il parle, il parle
& il est s’emballé tout seul & il dit, c’est
bon, nous, ici, on est habitués, on commence
à les connaître, mais vous docteur, débarqué
de la fac, après St-Petersbourg, après cette
vie urbaine, réelle, il faudra vraiment mais
vraiment que vous puissiez vous y faire ! Un
trou perdu, ici, un trou perdu ! Après quoi,
l’un après l’autre, chacun y va de sa petite
phrase & de sa tête penchée pour confirmer &
approuver l’utilisation de ces 3 mots suivis
d’un point d’exclamation. Un trou perdu ! La
tempête se met à cogner sur la charpente & à
corner les conduits de cheminée & une espèce
de frôlement se faufile derrière le mur. Une
langue pourpre commence à onduler contre les
reflets de la plaque de verre qui fourmille,
constellé de taches de graisse, sur la porte
du micro-ondes. Il y a des sons métalliques,
des chocs séchés & des feulements organiques
dans les tuyaux de fonte qui conduisent tout
le temps la chaleur, le long des murs ou des
plafonds, près des plinthes au niveau du sol
& des orteils bus par le gel & l’immobilité.
Béni soit le fuel qui réchauffe le personnel
médical au fin fond des campagnes éperdues !


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{Révisions}

1 révision

M149 , version 2 (24 février 2015)

On se plaint qu’ici c’est un trou perdu. La tempête fait rage. Des bruits émergent. Le froid circule. Heureusement, le que fuel est parmi vous pour vous tenir.

Damian Loukitch mâche & parle & avec la même
bouche il pose des mots ou des sons sous son
petit poisson à l’huile qu’il a au bout d’un
bout d’une de ses lèvres. Il parle, il parle
& il est s’emballé tout seul & il dit, c’est
bon, nous, ici, on est habitués, on commence
à les connaître, mais vous docteur, débarqué
de la fac, après St-Petersbourg, après cette
vie urbaine, réelle, il faudra vraiment mais
vraiment que vous puissiez vous y faire ! Un
trou perdu, ici, un trou perdu ! Après quoi,
l’un après l’autre, chacun y va de sa petite
phrase & de sa tête penchée pour confirmer &
approuver l’utilisation de ces 3 mots suivis
d’un point d’exclamation. Un trou perdu ! La
tempête se met à cogner sur la charpente & à
corner les conduits de cheminée & une espèce
de frôlement se faufile derrière le mur. Une
langue pourpre commence à onduler contre les
reflets de la plaque de verre qui fourmille,
constellé de taches de graisse, sur la porte
du micro-ondes. Il y a des sons métalliques,
des chocs séchés & des feulements organiques
dans les tuyaux de fonte qui conduisent tout
le temps la chaleur, le long des murs ou des
plafonds, près des plinthes au niveau du sol
& des orteils bus par le gel & l’immobilité.
Béni soit le fuel qui réchauffe le personnel
médical au fin fond des campagnes éperdues !



On se plaint qu’ici c’est un trou perdu. La tempête fait rage. Des bruits émergent. Le froid circule. Heureusement, le fuel est parmi vous pour vous tenir.


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Notes


Cf. Récits d’un jeune médecin, « Les ténèbres d’Egypte » (Livre de Poche), P. 63.

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