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M153

44C

samedi 28 février 2015, par Guillaume Vissac

Le feldscher dit, ici, tout est comme ça. La
vie entière se passe comme ça. Anna lui dit,
& le sucre ? Raconte-lui l’histoire du sucre
Pélaguéïa. & Pélaguéïa raconte l’histoire du
sucre : un jour qu’une femme va accoucher, à
Doultsevo encore, Pélaguéïa examine la femme
& elle sent entre ses doigts, dans le col de
l’utérus, quelque chose de bizarre. À moitié
friable, à moitié granuleux... Qu’est-ce que
c’est ? Du sucre en morceaux. Il y a un bout
de silence. Tes yeux gisent dans la vague. À
quelques mètres de vous l’humeur noire d’une
fenêtre embuantie projette des reflets gris.
Tu oses dire alors que tu ne comprends rien.
Pélaguéïa dit, une chamane lui avait fait la
leçon : en cas de couches difficiles & si le
bébé ne veut pas sortir, il faut pouvoir lui
proposer un appât pour qu’il daigne venir...
Alors, voilà, elle lui avait fourré quelques
morceaux de sucre ! Tu bégayes des fragments
de mots crus qui répètent, c’est horrible...
mais c’est horrible... mais c’est affreux...
Parfois, dit Anna, on leur donne des crins à
mâcher, avant l’accouchement (tu veux savoir
pourquoi), on ne sait pas trop pourquoi... 2
ou 3 fois, on nous a amené des femmes, & ces
femmes étaient pleines de choses étranges ou
de matière dans la bouche. Il y en a eu une,
la pauvre, elle était par terre & n’arrêtait
pas de cracher tout ce qu’elle pouvait. Elle
avait la bouche pleine de poils de porc, car
il y a une croyance selon laquelle ça ferait
du bien au corps & ça faciliterait la chose.


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Histoires & anecdotes gynécologiques te sont racontées dans le but de bien te faire comprendre que les gens d’ici sont des paumés.


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Notes


Cf. Récits d’un jeune médecin, « Les ténèbres d’Egypte » (Livre de Poche), P. 64-65.

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