Accueil > Morphine > M158

M158

44C

jeudi 5 mars 2015, par Guillaume Vissac

Un bruit s’échappe & monte. Une voix te dit,
c’est Aksinia, qu’un patient vient d’arriver
& qu’il souffre. Les chimères ont disparu. À
la place de tes yeux il y a des lueurs. Près
des bords des cornées ça crachote. Tu prends
les escaliers à l’envers, tu descends. C’est
un homme. Le patient est un homme. Il est là
planté là, de la barbe aux joues & les mains
dans ses cheveux crachés par la neige. Tu le
déplaces jusqu’à ton cabinet & tu essayes de
ne pas avoir l’âge que tu as, d’être à peine
plus expérimenté, d’avoir un peu plus de vie
dans les traits du visage, dans l’onctuosité
de tes gestes, dans la carnation de tes yeux
& paupières. Il te soulage cet homme. Il est
là & il attend quelque chose de toi. Il est,
au fond, ici pour que tu t’accomplisses. Que
tu existes. Tu lui demandes de s’asseoir, il
le fait. À en croire sa bouche & ses cordes,
il vient de Doultsevo lui aussi... Tu ne dis
rien. Tu écoutes. Il te dit, chaque nuit, il
y a de la fièvre qui me prend dans le corps.
Elle dure 2 heures & pas plus. Chaque nuit ?
tu demandes. Chaque nuit &, il répond, 2h en
tout, toujours. Pas plus. Tu devines déjà un
début de quelque chose. Tu joues des épaules
& des muscles du dos pour contracter plus ou
moins une partie de ton corps (mais ce n’est
peut-être qu’une posture posée en réaction).


<  -  >
{Révisions}

3 révisions

M158 , version 4 (6 mars 2015)

Cf. Récits d’un jeune médecin, « Les ténèbres d’Egypte » (Livre de Poche), P. 66-67 66 .

M158 , version 3 (5 mars 2015)

Aksinia te prévient qu’un malade vient d’arriver. C’est un homme. Tu l’envoies dans ton cabinet. Il a de la barbe. Il vient de Doultsevo & il a de la fièvre dans le corps chaque nuit pendant 2 heures pas plus.

°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°
Un bruit s’échappe & monte. Une voix te dit,
c’est Aksinia, qu’un patient vient d’arriver
& qu’il souffre. Les chimères ont disparu. À
A
la place de tes yeux il y a des lueurs. Près
des bords des cornées ça crachote. Tu prends
les escaliers à l’envers, tu descends. C’est
un homme. Le patient est un homme. Il est là
planté là, de la barbe aux joues au visage & les mains
dans ses cheveux crachés par la neige. Tu le
déplaces jusqu’à ton cabinet & tu essayes de
ne pas avoir l’âge que tu as, d’être à peine
plus expérimenté, d’avoir un peu plus de vie
dans les traits du visage, dans l’onctuosité
de tes gestes, dans la carnation de tes yeux
& paupières. Il te soulage cet homme. Il est
là & il attend quelque chose de toi. Il est,
au fond, ici pour que tu t’accomplisses. Que
tu existes. Tu lui demandes de s’asseoir, il
le fait. À A en croire sa bouche & ses cordes,
il vient de Doultsevo lui aussi... Tu ne dis
rien. Tu écoutes. Il te dit, chaque nuit, il
y a de la fièvre qui me prend dans le corps.
Elle dure 2 heures & pas plus. Chaque nuit ?
tu demandes. Chaque nuit &, il répond, 2h en
tout, toujours. Pas plus. Tu devines déjà un
début de quelque chose. Tu joues des épaules
& des muscles du dos pour contracter plus ou
moins une partie de ton corps (mais ce n’est
peut-être qu’une posture posée en réaction).
Tu joues du silence.

M158 , version 2 (5 mars 2015)

°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°
Un bruit s’échappe & monte. Une voix te dit,
c’est Aksinia, qu’un patient vient d’arriver
& qu’il souffre. Les chimères ont disparu. A
la place de tes yeux il y a des lueurs. Près
des bords des cornées ça crachote. Tu prends
les escaliers à l’envers, tu descends. C’est
un homme. Le patient est un homme. Il est là
planté là, de la barbe au visage & les mains
dans ses cheveux crachés par la neige. Tu le
déplaces jusqu’à ton cabinet & tu essayes de
ne pas avoir l’âge que tu as, d’être à peine
plus expérimenté, d’avoir un peu plus de vie
dans les traits du visage, dans l’onctuosité
de tes gestes, dans la carnation de tes yeux
& paupières. Il te soulage cet homme. Il est
là & il attend quelque chose de toi. Il est,
au fond, ici pour que tu t’accomplisses. Que
tu existes. Tu lui demandes de s’asseoir, il
le fait. A en croire sa bouche & ses cordes,
il vient de Doultsevo lui aussi... Tu ne dis
rien. Tu écoutes. Il te dit, chaque nuit, il
y a de la fièvre qui me prend dans le corps.
Elle dure 2 heures & pas plus. Chaque nuit ?
tu demandes. Chaque nuit &, il répond, 2h en
tout, toujours. Pas plus. Tu devines déjà un
début de quelque chose. Tu joues du silence.

°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°



Aksinia te prévient qu’un malade vient d’arriver. C’est un homme. Il vient de Doultsevo & il a de la fièvre dans le corps chaque nuit pendant 2 heures pas plus.


°

Notes


Cf. Récits d’un jeune médecin, « Les ténèbres d’Egypte » (Livre de Poche), P. 66-67.

°