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M162

44C

lundi 9 mars 2015, par Guillaume Vissac

Mourir est un mot métallique. Tu le sens sur
la surface de ta peau & entre tes épaules où
la chaleur s’échappe. Tu le sens sous chacun
de tes pieds, tu le sens à l’intérieur de ce
crâne qui pèse lourd sur ta nuque. Ta salive
a le goût de la salive d’un autre. Elle est,
cette salive, filandreuse, visqueuse, méduse
d’intérieur prête à voir la lumière. Il faut
la cracher par terre pour la voir morcelée &
morveuse. Tu craches par terre. Tu craches à
la fois dans ta tête & dans la réalité là où
un lavabo remplace le sol. Tu t’asperges cet
espèce de visage délavé que tu portes, en ce
moment, contre ta volonté, d’eau glacée. Sur
l’écran de l’horloge, il est écrit 6h. Tu as
la voix pâteuse, tu dis, c’est quoi si c’est
pas la Malaria ? C’est quoi si le pouls est,
& il l’était, parfaitement normal ? Tu vas à
la pêche aux images & aux mots : tu vas dans
l’instant trouver le corps du malheureux. La
salle n°2 est dans l’obscurité. Il est là, à
la merci des draps défaits & des graphiques,
sous la stroboscopie des courbes digitales &
des bruitages automatiques. Sa barbe est sur
l’envers de son visage. Ses yeux sont noirs,
bien trop larges, bien trop grands. Sans une
seule fois bouger, il est là & il tangue. Il
vacille, comme s’il avait trop bu. Il halète
difficilement & sa cage thoracique lui pèse.


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{Révisions}

1 révision

M162 , version 2 (9 mars 2015)

Tu flippes. Tu crains l’avoir tué. Tu te sens physiquement mal. Tu pars du principe que tu as fait une erreur de diagnostique. Tu te demandes ce que c’est si ça n’est pas la Malaria. Tu vas voir le patient.

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Mourir est un mot métallique. Tu le sens sur
la surface de ta peau & entre tes épaules où
la chaleur s’échappe. Tu le sens sous chacun
de tes pieds, tu le sens à l’intérieur de ce
crâne qui pèse lourd sur ta nuque. Ta salive
a le goût de la salive d’un autre. Elle est,
cette salive, filandreuse, visqueuse, méduse
d’intérieur prête à voir la lumière. Il faut
la en cracher par terre pour la voir morcelée &
morveuse. Tu craches par terre. Tu craches à
la fois dans ta tête & dans la réalité là où
un lavabo remplace le sol. Tu t’asperges cet
espèce de visage délavé que tu portes, en ce
moment, contre ta volonté, d’eau glacée. Sur
l’écran de l’horloge, il est écrit 6h. Tu as
la voix pâteuse, tu dis, c’est quoi si c’est
pas la Malaria ? C’est quoi si le pouls est,
& il l’était, parfaitement normal ? Tu vas à
la pêche aux images & aux mots : tu vas dans
l’instant trouver le corps du malheureux. La
salle n°2 est dans l’obscurité. Il est là, à
la merci des draps défaits & des graphiques,
sous la stroboscopie des courbes digitales &
des bruitages automatiques. Sa barbe est sur
l’envers de son visage. Ses yeux sont noirs,
bien trop larges, bien trop grands. Sans une
seule fois bouger, il est là & il tangue. Il
vacille, comme s’il avait trop bu. Il halète
difficilement & sa cage thoracique lui pèse.



Tu flippes. Tu crains l’avoir tué. Tu te sens physiquement mal. Tu pars du principe que tu as fait une erreur de diagnostique. Tu te demandes ce que c’est si ça n’est pas la Malaria. Tu vas voir le patient.


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Notes


Cf. Récits d’un jeune médecin, « Les ténèbres d’Egypte » (Livre de Poche), P. 69-70.

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