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M165

44C

jeudi 12 mars 2015, par Guillaume Vissac

Plus tard (peut-être longtemps après), tu te
perdras dans des nuits d’eau. L’eau qui fond
sur les toits, déferle dans les gouttières &
te colle à la peau & aux bras quand tu tires
ta carcasse hors des couettes entre 2 éveils
pas toujours si propres. Tu vivras la nuit à
l’envers, tu crouleras sous la courbe de pas
sinueux à la nuque, le long de la colonne, à
la pointe du crâne retourné, dans l’asthme &
la texture des poumons & des bronches. Qu’en
est-il de la tempête au-dehors ? Comme toute
tempête cette tempête a fondu, elle imprègne
la terre aujourd’hui & elle gicle en cascade
entre les brèches des tuiles & des ardoises.
Dans tes rêves, tu trouveras des silhouettes
de ta connaissance & des visages désincarnés
peut-être. Des langues exsangues & de la mer
de chine. De l’encre nourricière & l’accent,
l’accent de ceux qui parlent la voix haute &
le regard filmé de gaze & de plastique fondu
(toutes ces choses se mélangeront comme dans
les rêves vomis par la fièvre, comme le long
des délires délicieux de la conscience venue
d’une autre tête que la tienne). Il est tout
à fait possible que ton souffle te fasse des
faux ronds de jambe & des faux entrechats. À
la place de ton souffle il y aura une espèce
d’engourdissement, de vague à l’âme, de doux
repos à la pulpe aguicheuse, de souvenir mal
oublié, de tentation d’extase. Cet espoir de
répit est un faux, il faut que tu t’extirpes
des songes, il faut t’enfuir de la nuit & de
son eau souriante, résister à l’appel obscur
de la ténèbre en toi. Elle est venue en toi.
Elle s’est immiscée à cause de tes yeux. Une
nuit délicieuse mange à tous les râteliers &
ses milliers de dents croquent autour de tes
dents propres. Ça ne durera pas longtemps en
réalité. À cause de la fièvre, à cause de la
fonte des neiges, tu croiras à des siècles &
des siècles. La fièvre est peut-être fictive
(te diras-tu plus tard). Peut-être que cette
nuit prendra fin à l’instant où la pointe du
mot non se déposera sur l’aile de ta parole.
Dans un instant heureux, entre les heures ou
les minutes méchantes, la fièvre te crachera
le visage du feldscher armé d’une seringue &
il dira, docteur, le sommeil c’est le kif...


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M165 , version 3 (12 mars 2015)

Rêves, délires, délicieux sommeil. Quelque chose comme de la fièvre. Tu es contaminé Contaminé par la ténèbre à ton tour via l’oeil . À la fin un feldscher fictif se propose de t’injecter du sommeil.

°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°
Plus tard (peut-être longtemps après), tu te
perdras dans des nuits d’eau. L’eau qui fond
sur les toits, déferle dans les gouttières &
te colle à la peau & aux bras quand tu tires
ta carcasse hors des couettes entre 2 éveils
pas toujours si propres. Tu vivras la nuit à
l’envers, tu crouleras sous la courbe de pas
sinueux à la nuque, le long de la colonne, à
la pointe du crâne retourné, dans l’asthme &
la texture des poumons & des bronches. Qu’en
est-il de la tempête au-dehors ? Comme toute
tempête cette tempête a fondu, elle imprègne
la terre aujourd’hui & elle gicle en cascade
entre les brèches des tuiles & des ardoises.
Dans tes rêves, tu trouveras des silhouettes
de ta connaissance & des visages désincarnés
peut-être. Des langues exsangues & de la mer
de chine. De l’encre nourricière & l’accent,
l’accent de ceux qui parlent la voix haute &
le regard filmé de gaze & de plastique fondu
(toutes ces choses se mélangeront comme dans
les rêves vomis avalés par la fièvre fière , comme le long
des délires délicieux de la conscience venue
d’une autre tête que la tienne). Il est tout
à fait possible que ton souffle te fasse des
faux ronds de jambe & des faux entrechats arabesques . À
A
la place de ton souffle il y aura une espèce
d’engourdissement, de vague à l’âme, de doux
repos à la pulpe aguicheuse, de souvenir mal
oublié, de tentation d’extase. Cet espoir de
répit est un faux, il faut que tu t’extirpes
des songes, il faut t’enfuir de la nuit & de
son eau souriante, résister à l’appel obscur
de la ténèbre en toi. Elle est venue en toi.
Elle s’est immiscée à cause de tes yeux. Une
nuit délicieuse mange à tous les râteliers &
ses milliers de dents croquent autour de tes
dents propres. Ça Ca ne durera pas longtemps en
réalité. À A cause de la fièvre, à cause de la
fonte des neiges, tu croiras à des siècles &
des siècles. La fièvre est peut-être fictive
(te diras-tu plus tard). Peut-être que cette
nuit prendra fin à l’instant où la pointe du
mot non non se déposera sur l’aile de ta parole.
Dans un instant heureux, entre les heures ou
les minutes méchantes, la fièvre te crachera
le visage du feldscher armé d’une seringue &
il dira, docteur, le sommeil c’est le kif...

M165 , version 2 (12 mars 2015)

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Plus tard (peut-être longtemps après), tu te
perdras dans des nuits d’eau. L’eau qui fond
sur les toits, déferle dans les gouttières &
te colle à la peau & aux bras quand tu tires
ta carcasse hors des couettes entre 2 éveils
pas toujours si propres. Tu vivras la nuit à
l’envers, tu crouleras sous la courbe de pas
sinueux à la nuque, le long de la colonne, à
la pointe du crâne retourné, dans l’asthme &
la texture des poumons & des bronches. Qu’en
est-il de la tempête au-dehors ? Comme toute
tempête cette tempête a fondu, elle imprègne
la terre aujourd’hui & elle gicle en cascade
entre les brèches des tuiles & des ardoises.
Dans tes rêves, tu trouveras des silhouettes
de ta connaissance & des visages désincarnés
peut-être. Des langues exsangues & de la mer
de chine. De l’encre nourricière & l’accent,
l’accent de ceux qui parlent la voix haute &
le regard filmé de gaze & de plastique fondu
(toutes ces choses se mélangeront comme dans
les rêves avalés par la fière, comme le long
des délires délicieux de la conscience venue
d’une autre tête que la tienne). Il est tout
à fait possible que ton souffle te fasse des
faux ronds de jambe & des faux arabesques. A
la place de ton souffle il y aura une espèce
d’engourdissement, de vague à l’âme, de doux
repos à la pulpe aguicheuse, de souvenir mal
oublié, de tentation d’extase. Cet espoir de
répit est un faux, il faut que tu t’extirpes
des songes, il faut t’enfuir de la nuit & de
son eau souriante, résister à l’appel obscur
de la ténèbre en toi. Elle est venue en toi.
Elle s’est immiscée à cause de tes yeux. Une
nuit délicieuse mange à tous les râteliers &
ses milliers de dents croquent autour de tes
dents propres. Ca ne durera pas longtemps en
réalité. A cause de la fièvre, à cause de la
fonte des neiges, tu croiras à des siècles &
des siècles. La fièvre est peut-être fictive
(te diras-tu plus tard). Peut-être que cette
nuit prendra fin à l’instant où la pointe du
mot non se déposera sur l’aile de ta parole.

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Rêves, délires, délicieux sommeil. Quelque chose comme de la fièvre. Tu es contaminé par la ténèbre à ton tour. À la fin un feldscher fictif se propose de t’injecter du sommeil.


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Notes


Cf. Récits d’un jeune médecin, « Les ténèbres d’Egypte » (Livre de Poche), P. 71.

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