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M186

44C

jeudi 2 avril 2015, par Guillaume Vissac

Le temps passe plus vite que le temps passe.
Un jour tu te sors les 2 yeux de la tête, ce
que tu y vois a changé. Cela fait plus d’une
année entière que tu es arrivé sur l’hôpital
de Morievo. Tu te revois émerger du taxi. La
tôle grise te reflète. Il s’était arrêté ici
juste devant ces fenêtres. La pluie était la
même. Rien n’a changé autour de toi & tout &
tout est sous la surface de ton corps. C’est
différent. Tu piques une tête dans le miroir
de ta chambre, tu te vois tel que tu existes
& tel que tu es. En double, en relief, en do
ré mi 3D stroboscopique, tu te vois aussi en
surimpression comme tu étais alors. 23 ans à
l’époque. Propre & sérieux & filiforme. Raie
sur le côté pariétal comme c’était la mode à
Saintpète. Les épaules. L’âme. L’inélégance.
Aujourd’hui, tes cheveux sont sans calcul, &
tu ne sais plus te raser chaque jour mais au
mieux une seule fois par semaine. Accrochée,
enfoncée dans la ligne d’eau de la mâchoire,
des crevasses de tes joues & une barbe jaune
& rigides. Du crin. Personne à séduire ici &
personne à regarder entre les gonds de l’œil
pour lui dire des choses fortes & réelles. À
la place de ton ombre il y a, sous tes pieds
immobiles, une traînée de poudre attendant à
la marge l’étincelle ou l’éclat. Un punk. Tu
ressembles à un punk aux orbites crayonnées.


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M186 , version 4 (3 avril 2015)

Le temps passe plus vite que le temps passe.
Un jour tu te sors les 2 yeux de la tête, ce
que tu y vois a changé. Cela fait plus d’une
année entière que tu es arrivé sur l’hôpital
de Morievo. Tu te revois émerger du taxi. La
tôle grise te reflète. Il s’était arrêté ici
juste devant ces fenêtres. La pluie était la
même. Rien n’a changé autour de toi & tout &
tout est sous la surface de ton corps. C’est
différent. Tu piques une tête dans le miroir
de ta chambre, tu te vois tel que tu existes
& tel que tu es. En double, en relief, en do
ré mi 3D stroboscopique, tu te vois aussi en
surimpression comme tu étais alors. 23 ans à
l’époque. Propre & sérieux & filiforme. Raie
sur le côté pariétal comme c’était la mode à
Saintpète. Les épaules. L’âme. L’inélégance.
Aujourd’hui, tes cheveux sont sans calcul, &
tu ne sais plus te raser chaque jour mais au
mieux une seule fois par semaine. Accrochée,
enfoncée dans la ligne d’eau de la mâchoire,
des crevasses de tes joues & une barbe jaune
& rigides. Du crin. Personne à séduire ici &
personne à regarder entre les gonds de l’œil
pour lui dire des choses fortes & réelles. À
la place de ton ombre il y a, sous tes pieds
immobiles, une traînée trainée de poudre attendant à
la marge l’éclat de l’étincelle ou l’éclat . Un punk. Tu
ressembles à un punk aux orbites crayonnées charbonneuses .

M186 , version 3 (2 avril 2015)

Le temps passe plus vite que le temps passe.
Un jour tu te sors les 2 yeux de la tête, ce
que tu y vois a changé.
Cela fait plus d’une
année entière que tu es arrivé sur l’hôpital
de Morievo.
Tu te revois émerger du taxi. La
tôle grise te reflète.
°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°
X mois ont passé.
Quelqu’un ou quelque chose
te dit qu’il y a un an jour pour jour, on te
débarquait aux portes d’un taxi à la tôle de
synthèse obsolète.
Il s’était s’est arrêté ici
juste devant ces , face
à ce mêmes fenêtres. La pluie était la
même. Rien n’a changé autour de toi & , tout &
tout est sous la surface de ton du corps : transfiguré . C’est
différent.
Tu piques une tête dans le miroir
de ta chambre, tu te vois tel que tu existes
&
es aujourd’hui &, en double ,
imprimé en relief sur une autre pupille , tel que tu es étais hier , il y a un an aujourd’hui . En double, en relief, en do
ré mi 3D stroboscopique, tu te vois aussi en
surimpression comme tu étais alors.
Tu as beaucoup changé. 23 ans à
l’époque alors . Propre Imberbe & sérieux & filiforme. Raie
sur le côté pariétal comme c’était la mode à
Saintpète . Les épaules. L’âme. L’inélégance.
Aujourd’hui, tes cheveux sont sans calcul, &
tu ne sais plus te raser chaque jour mais au
mieux une seule fois par semaine. Accrochée,
enfoncée dans la ligne d’eau de la ta mâchoire,
des dans crevasses de tes joues & , une barbe jaune
& rigides. Du crin. Personne à séduire ici &
personne à regarder entre les gonds de l’œil
pour lui dire des choses fortes & réelles. À
la place de ton ombre il y a, sous tes pieds
immobiles, une trainée de poudre attendant à
la marge l’éclat de l’étincelle. Un punk. Tu
ressembles à punk aux orbites charbonneuses.

Un an que tu es arrivé ici. l’histoire d’un naufragé sur une île déserte. Resté si longtemps sur l’île qu’il avait des hallucitations. Quand un navire débarque il les attaque avec ses flingues croyant à un mirage. Mais il était rasé tous les jours. Tu Quand tu étais ici tu pensais te regardes dans le miroir & comme tu as changé  ! raser tous les jours . Rasoir Gilette.

M186 , version 2 (2 avril 2015)

°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°
X mois ont passé. Quelqu’un ou quelque chose
te dit qu’il y a un an jour pour jour, on te
débarquait aux portes d’un taxi à la tôle de
synthèse obsolète. Il s’est arrêté ici, face
à ce mêmes fenêtres. La pluie était la même.
Rien n’a changé autour de toi, tout est sous
la surface du corps : transfiguré. Tu piques
une tête dans le miroir de ta chambre, tu te
vois tel que tu es aujourd’hui &, en double,
imprimé en relief sur une autre pupille, tel
que tu étais hier, il y a un an aujourd’hui.
Tu as beaucoup changé. 23 ans alors. Imberbe
& filiforme. Raie sur le côté. L’inélégance.
Aujourd’hui, tes cheveux sont sans calcul, &
tu ne sais plus te raser chaque jour mais au
mieux une seule fois par semaine. Accrochée,
enfoncée dans la ligne d’eau de ta mâchoire,
dans crevasses de tes joues, une barbe jaune
& rigides, du crin . Du crin. Personne à séduire ici &
personne à regarder entre les gonds de l’œil
pour lui dire des choses fortes & réelles. À
la place de ton ombre il y a, sous tes pieds
immobiles, une trainée de poudre attendant à
la marge l’éclat de l’étincelle.



Un an que tu es arrivé ici. Tu te regardes dans le miroir & comme tu as changé !


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Notes


Cf. Récits d’un jeune médecin, « L’œil disparu » (Livre de Poche), P. 71-72.

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