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M194

44C

vendredi 10 avril 2015, par Guillaume Vissac

Il y aurait d’autres souvenirs, anecdotes ou
copeaux de ta barbe dans le fond de ta main.
Il y aurait d’autres images. D’autres mots à
rapporter, d’autres paroles à réveiller. Une
réflexion dans le miroir, ça entraîne encore
& encore d’autres réflexions... C’est pareil
avec le blizzard & avec les chutes de neige.
Ça déferle sur la vie de surface & ça couvre
les sensations de poudre mousseuse. Beaucoup
de neige, énormément de neige à Morievo. Une
fois, tout était tellement bouché (les yeux,
l’horizon, la matière, l’ennui, le ciel, les
faux espoirs, la parole & le son de soi-même
en mouvement) qu’il ne restait rien à faire,
à part peut-être évaluer la consistance & la
texture & l’odeur de la prochaine déferlante
blanche. Tu te retrouvais alors sans bras ni
jambes ni réseau ni lumière ni électricité &
la seule chose qui te restait, au fond de la
blanche oublié, c’était d’emprunter une lame
à un infirmier ou à un cancre enfermé là par
erreur pour X raisons & te raser 3 ou 4 fois
par jour. Le reste du temps, tu vaquais près
de ton reflet, dans le verre étouffé par les
formes au-dehors. Une baleine échouée pleine
de givre & de sel de mer attendait avec toi.


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{Révisions}

1 révision

M194 , version 2 (10 avril 2015)

D’autres souvenirs : les jours où la neige recouvrait Morievo, tu te rasais souvent.

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Il y aurait d’autres souvenirs, anecdotes ou
copeaux de ta barbe dans le fond de ta main.
Il y aurait d’autres images. D’autres mots à
rapporter, d’autres paroles à réveiller. Une
réflexion dans le miroir, ça entraîne encore
& encore d’autres réflexions... C’est pareil
avec le blizzard & avec les chutes de neige.
Ça déferle sur la vie de surface & ça couvre
les sensations de poudre mousseuse. Beaucoup
de neige, énormément de neige à Morievo. Une
fois, tout était tellement bouché (les yeux,
l’horizon, la matière, l’ennui, le ciel, les
faux espoirs, la parole & le son de soi-même
en mouvement) qu’il ne restait rien à faire,
à part peut-être évaluer la consistance & la
texture & l’odeur de la prochaine déferlante
blanche. Tu te retrouvais alors sans bras ni
jambes ni réseau ni lumière ni électricité &
la seule chose qui te restait, au fond de la
blanche oublié, c’était d’emprunter une lame
à un infirmier ou à un cancre enfermé là par
erreur pour X raisons & te raser 3 ou 4 fois
par jour. Le reste du temps, tu vaquais près
de ton reflet, dans le verre étouffé par les
formes au-dehors. Une baleine échouée pleine
de givre & de sel de mer attendait avec toi.



D’autres souvenirs : les jours où la neige recouvrait Morievo, tu te rasais souvent.


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Notes


Cf. Récits d’un jeune médecin, « L’œil disparu » (Livre de Poche), P. 75.

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