Accueil > Morphine > M20

M20

vendredi 17 octobre 2014, par Guillaume Vissac

Le feldscher a de la bave aux lèvres & cette
bave est une chanson douce qui a le goût des
paroles malheureuses. Elle va bientôt mourir
elle va bientôt mourir elle va bientôt mouri
(il a lu tes pensées). Il a vu le drap... Il
est blanc. On va le massacrer de sang. Alors
on dira bientôt d’elle qu’elle gît là, comme
un cadavre, mais qu’elle est bien vivante. À
la place de ta moelle, à la place de la pâte
qui te pousse à la tête, un ciel se déchire,
c’est soudain, tout devient clair comme sous
le plafond de verre de votre beau simulateur
d’anatomie 3D. Une voix rauque, la tienne, a
le temps de demander plus de CC & plus d’NFS
& plus de kétamine. À nouveau le feldscher a
le poing sur l’aiguille. Est-il possible que
son corps ne crève pas ? Est-il possible que
tu sois obligé... ? Voilà ce qui remue là où
le sang te berce. Voilà ce qui attise le sel
de tes pensées. Voilà ce qui te prend par la
main pour te dire, près de toi, trop près de
toi bien sûr, cette phrase rugueuse que l’on
dit terrifiante, qu’il faut vomir, les dents
plantées, les yeux pliés, la gorge rouge, le
poing serré, & que tu es le seul à entendre.


<  -  >
{Révisions}
Aucune révision


Elle va bientôt mourir, c’est un cadavre en vie. Soudain, une idée, on ne sait pas encore laquelle.


°

Notes


Cf. Récits d’un jeune médecin (Livre de Poche), P. 18

°