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M200

44C

jeudi 16 avril 2015, par Guillaume Vissac

& une année entière a coulé depuis que cette
eau grise & velue t’a léché le visage. Tu es
là, dans le tout même miroir, sous une autre
texture de cellophane. Une ride à la bouche,
car tu ne sais sourire que d’un seul coin ou
côté à la fois, une autre ride sous la forme
de cicatrice près de la tempe à droite (elle
est le fruit de ta misanthropie sans doute).
& tel profil a telle tête, & tel autre a tel
âge : il y a dans tes reflets mille millions
d’incarnations différentes, d’identités plus
ou moins parallèles, c’est le jeu de la vie.
Pourtant, lorsque tu te regardes, lorsque tu
te cherches en toi-même & lorsque tu laisses
l’octuple lame couler, tu redoutes toujours,
toujours autant, l’irruption de cet homme, à
l’abordage sur ta carcasse en proie au doute
& à la déception, cet homme qui viendra pour
mettre ses 10 doigts dans tes plaies béantes
& qui dira, de la salive plein le visage, où
est passée la mâchoire d’Untel ? Où est donc
le sacrum de tel autre ? Où est ton honneur,
ta soumission à l’idée qu’un jour tu puisses
enfin devenir dans les faits un homme réel ?


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{Révisions}

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M200 , version 3 (16 avril 2015)

°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°° & une année entière a coulé depuis que cette
eau grise & velue t’a léché le visage. Tu es
là, dans le tout même miroir, sous une autre
texture de cellophane. Une ride à la bouche,
car tu ne sais sourire que d’un seul coin ou
côté à la fois, une autre ride sous la forme
de cicatrice près de la tempe à droite (elle
est le fruit de ta misanthropie sans doute).
& tel profil a telle tête, & tel autre a tel
âge : il y a dans tes reflets mille millions
d’incarnations différentes, d’identités plus
ou moins parallèles, c’est le jeu de la vie.
Pourtant, lorsque tu te regardes, lorsque tu
te cherches en toi-même & lorsque tu laisses
l’octuple lame couler, tu redoutes toujours,
toujours autant, l’irruption de cet homme, à
l’abordage sur ta carcasse en proie au doute
& à la déception, cet homme qui viendra pour
mettre ses 10 doigts dans tes plaies béantes
& qui dira, de la salive plein le visage, où
est passée la mâchoire d’Untel ?
Où est donc
le sacrum de tel autre ?
Où est ton honneur,
ta soumission à l’idée qu’un jour tu puisses
enfin devenir dans les faits un homme réel ?

Retour au reflet de ton visage dans le miroir. Tu es mille hommes & tu n’es rien, personne.

M200 , version 2 (16 avril 2015)

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& une année entière a coulé depuis que cette
eau grise & velue t’a léché le visage. Tu es
là, dans le tout même miroir, sous une autre
texture de cellophane. Une ride à la bouche,
car tu ne sais sourire que d’un seul coin ou
côté à la fois, une autre ride sous la forme
de cicatrice près de la tempe à droite (elle
est le fruit de ta misanthropie sans doute ).



Retour au reflet de ton visage dans le miroir. Tu es mille hommes & tu n’es rien, personne.


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Notes


Cf. Récits d’un jeune médecin, « L’œil disparu » (Livre de Poche), P. 77.

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