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M236

44C

vendredi 22 mai 2015, par Guillaume Vissac

Sous la bandelette de l’écran scarifié, il
y a d’autres images. On dirait qu’une mine
de données a été enregistrée par dessus la
précédente (& à présent les 2 flux vinyles
se chevauchent). L’ancienne image est bien
trouble mais petit à petit elle s’affine &
le corps de l’écran, ça tangue. Au centre,
c’est un torse de femme, nu, coupé sous la
vase thoracique. Il est posé sur une table
& un trognon de colonne vertébrale est là,
il pend. Des hommes importants discutent &
débattent de choses importantes & habillés
avec des costumes importants, des cravates
importantes & des mimiques importantes ils
ne voient pas le buste pâle de cette femme
(ou cet homme) frémir sous leurs paroles &
suivre du regard le bouillon de leurs mots
& de leurs lèvres. Il est inerte & sous la
pellicule blanche il y a de la vie suave &
frémissante. Donc ce serait ça la vie ? Il
suffit de gratter à la surface de l’image,
d’ôter la couche de sel, pour accéder à la
vie subsidiaire, aux autres potentialités,
à combien de tourbillons parallèles pleins
d’écume & de contingence ? En pratique, il
suffirait de te gratter la peau (la pelure
des peaux pelucherait, ça ne fait rien), &
d’autres toi possibles apparaîtraient sous
une huile translucide... Tu te chercherais
dans les muscles & dans les nerfs & jusque
dans les os, les ongles, les cartilagineux
& la voilure sanguine, tu dirais mais t’es
où, le fantôme de St-Pète ? Signe que sans
doute c’est là-bas qu’il faut retourner...
Après tout, là-bas, tu étais heureux... La
scène continue de se poursuivre à l’écran.
Tu as dû manquer quelque chose : le buste,
habité par une voix humaine, les yeux bien
ouverts, se prétend algorithme des réseaux
& forme de vie intelligente... En ceci, il
réclame l’asile politique. On le regarde &
on le regarde & on le regarde plus encore.


<  -  >
{Révisions}

2 révisions

M236 , version 3 (22 mai 2015)

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Sous la bandelette de l’écran scarifié, il
y a d’autres images. On dirait qu’une mine
de données a été enregistrée par dessus la
précédente (& à présent les 2 flux vinyles
se chevauchent). L’ancienne image est bien
trouble mais petit à petit elle s’affine &
le corps de l’écran, ça tangue s’envenime . Au centre,
c’est un torse de femme, nu, coupé sous la
vase thoracique. Il est posé sur une table
& un trognon de colonne vertébrale est là,
il pend. Des hommes importants discutent &
débattent de choses importantes & habillés
avec des costumes importants, des cravates
importantes & des mimiques importantes ils
ne voient pas le buste pâle de cette femme
(ou cet homme) frémir sous leurs paroles &
suivre du regard le bouillon de leurs mots
& de leurs lèvres. Il est inerte & sous la
pellicule blanche il y a de la vie suave &
frémissante. Donc ce serait ça la vie ? Il
suffit de gratter à la surface de l’image,
d’ôter la couche de sel, pour accéder à la
vie subsidiaire, aux autres potentialités,
à combien de tourbillons parallèles pleins
d’écume & de contingence ? En pratique, il
suffirait de te gratter la peau (la pelure
des peaux pelucherait, ça ne fait rien), &
d’autres toi possibles apparaîtraient sous
une huile translucide... Tu te chercherais
dans les muscles & dans les nerfs & jusque
dans les os, les ongles, les cartilagineux
& la voilure sanguine, tu dirais mais t’es
où, le fantôme de St-Pète ? Signe que sans
doute c’est là-bas qu’il faut retourner...
Après tout, là-bas, tu étais heureux ... heureux ... La
scène continue de se poursuivre à l’écran.
Tu as dû manquer quelque chose : le buste,
habité par une voix humaine, les yeux bien
ouverts, se prétend algorithme des réseaux
& forme de vie intelligente... En ceci, il
réclame l’asile politique. On le regarde &
on le regarde & on le regarde plus encore.

Deux images se mélangent sur la même bande. Un buste humain est examiné par des hommes cravatés. La vie est une succession de couches grattables (& on peut les gratter). Le buste demande l’asile politique.

M236 , version 2 (22 mai 2015)

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Sous la bandelette de l’écran scarifié, il
y a d’autres images. On dirait qu’une mine
de données a été enregistrée par dessus la
précédente (& à présent les 2 flux vinyles
se chevauchent). L’ancienne image est bien
trouble mais petit à petit elle s’affine &
le corps de l’écran s’envenime. Au centre,
c’est un torse de femme, nu, coupé sous la
vase thoracique. Il est posé sur une table
& un trognon de colonne vertébrale est là,
il pend. Des hommes importants discutent &
débattent de choses importantes & habillés
avec des costumes importants, des cravates
importantes & des mimiques importantes ils
ne voient pas le buste pâle de cette femme
(ou cet homme) frémir sous leurs paroles &
suivre du regard le bouillon de leurs mots
& de leurs lèvres. Il est inerte & sous la
pellicule blanche il y a de la vie suave &
frémissante. Donc ce serait ça la vie ? Il
suffit de gratter à la surface de l’image,
d’ôter la couche de sel, pour accéder à la
vie subsidiaire, aux autres potentialités,
à combien de tourbillons parallèles pleins
d’écume & de contingence ? En pratique, il
suffirait de te gratter la peau (la pelure
des peaux pelucherait, ça ne fait rien), &
d’autres toi possibles apparaîtraient sous
une huile translucide...
Tu te chercherais
dans les muscles & dans les nerfs & jusque
dans les os, les ongles, les cartilagineux
& la voilure sanguine, tu dirais mais t’es
où, le fantôme de St-Pète ?
Signe que sans
doute c’est là-bas qu’il faut retourner...
Après tout, là-bas, tu étais heureux... La
scène continue de se poursuivre à l’écran.
Tu as dû manquer quelque chose : le buste,
habité par une voix humaine, les yeux bien
ouverts, se prétend algorithme des réseaux
& forme de vie intelligente...
En ceci, il
réclame l’asile politique.
On le regarde &
on le regarde & on le regarde plus encore.



Deux images se mélangent sur la même bande. Un buste humain est examiné par des hommes cravatés. La vie est une succession de couches grattables (& on peut les gratter). Le buste demande l’asile politique.


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Notes


Interlude 6, Le Major (草薙素子)

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