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M260

44C

lundi 15 juin 2015, par Guillaume Vissac

Rien, rien, rien. Elle vient tous les samedi
se faire ponctionner l’âme & le sang & rien.
Rien que la mixture & la vase habituelle des
écoulements humains. Rien que la matière, la
mémoire & les liquidités. Elle reprend forme
alors, cette femme. Ça passe par les sillons
nasogéniens d’abord. Ils étaient en forme de
C, ils s’estompent. Puis le dégorgement dans
le creux du visage des orbites. L’effacement
du charbon noir aux paupières & la pâte à la
bouche dissolue. Les vaisseaux sous la peau.
Le retour du grand souffle & de la vie, loin
des eaux marécages du dedans. La voici, elle
est là, elle sourit & elle montre les dents.
Tu lui dis, il n’y a rien. Il y a 90% de ces
tests qui ne sont rien. Les 10% restant, ces
10%, eh bien, c’est la malchance, c’est plus
ou moins une contamination par l’absence & à
l’envers, ce qui peut arriver. Plus tard, le
long de ces jours gris, tu iras lui palper &
lui palper les ovaires & le sang pour finir.
Pour finir par lui dire, ce n’est rien. Vous
êtes hors de danger. Ça ira, vous n’êtes pas
infectée. Elle demande confirmation & tu lui
répètes les mêmes mots. Il y a de la salive,
sur son visage il y a de la salive : ce sont
des larmes. Impossible de décrire les choses
mieux que cela : elle s’incline très bas sur
la surface du sol, avant de s’en aller. Elle
disparaît le soir où la nuit pleine de sueur
& de viscosité engraisse le Plexiglas de ces
hublots épais dont ils se servent à Morievo.


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{Révisions}
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Rien, tous les tests sont finalement négatifs. Elle retrouve figure humaine. Elle disparaît.


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Notes


Cf. Récits d’un jeune médecin, « L’éruption étoilée » (Livre de Poche), P. 95.

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