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M271

44C

vendredi 26 juin 2015, par Guillaume Vissac

Les jours qui suivent ont l’haleine mise aux
mêmes endroits. Le goût du mal est partout :
dans la bouche des patients, sous les ongles
& aux coins de leurs lèvres séchées. Dehors,
c’est un tombeau de blancheur. Dedans, c’est
le noir absolu de la foule qui se presse. Ça
grouille sur les parkings aussi, les moteurs
crachent & les pneus grondent. Ça n’en finit
jamais. C’est l’éternel tambour des allers &
venues. Mais tout est une question, au fond,
de perspectives, tu sais. Par exemple, c’est
le sol ciré de l’hôpital qui ruisselle blanc
brillant & c’est la corne du jour qui fronce
le dos sous les ténèbres... D’où que l’on se
tienne, c’est le noir & blanc dallé des jeux
d’échecs qui l’emporte. Le mal, lui, est sur
tous les visages & dans toutes les bouches :
parfois sous l’aspect d’ulcères blanchâtres,
dans la gorge d’une gamine, parfois sous une
autre forme. Là ce sont des jambes torsadées
en grain de sable, ici des tumeurs gommeuses
sous-cutanées dans les poches des vieillards
& des fous, là encore les papules suintantes
de quelques vieilles bonnes femmes émaciées.
Présent partout, le mal a bourgeonné dans la
paresse, dans les selles, dans les yeux, les
artères & la bouche. Châtiment des parents &
des amants de passage pour la barbaque d’une
foule d’héritiers plus ou moins condamnés...
Il est partout, ce mal. Partout & même là où
jamais aucun œil ne s’ose ou ne se risque...


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{Révisions}

1 révision

M271 , version 2 (26 juin 2015)

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Les jours qui suivent ont l’haleine mise aux
mêmes endroits. Le goût du mal est partout :
dans la bouche des patients, sous les ongles
& aux coins de leurs lèvres séchées. Dehors,
c’est un tombeau de blancheur. Dedans, c’est
le noir absolu de la foule qui se presse . Ça
grouille sur les parkings aussi, les moteurs
crachent & les pneus grondent.
Ça n’en finit
jamais.
C’est l’éternel tambour des allers &
venues.
Mais tout est une question, au fond,
de perspectives, tu sais.
Par exemple, c’est
le sol ciré de l’hôpital qui ruisselle blanc
brillant & c’est la corne du jour qui fronce
le dos sous les ténèbres...
D’où que l’on se
tienne, c’est le noir & blanc dallé des jeux
d’échecs qui l’emporte.
Le mal, lui, est sur
tous les visages & dans toutes les bouches :
parfois sous l’aspect d’ulcères blanchâtres,
dans la gorge d’une gamine, parfois sous une
autre forme.
Là ce sont des jambes torsadées
en grain de sable, ici des tumeurs gommeuses
sous-cutanées dans les poches des vieillards
& des fous, là encore les papules suintantes
de quelques vieilles bonnes femmes émaciées.
Présent partout, le mal a bourgeonné dans la
paresse, dans les selles, dans les yeux, les
artères & la bouche.
Châtiment des parents &
des amants de passage pour la barbaque d’une
foule d’héritiers plus ou moins condamnés...
Il est partout, ce mal. Partout & même là où
jamais aucun œil ne s’ose ou ne se risque...

Reprise du quotidien & des consultations. Mais dorénavant, tu le vois, tu le devines, le sida est partout (& personne ne le voit).

Cf. Récits d’un jeune médecin, « L’éruption étoilée » (Livre de Poche), P. 99-100 99 .



Reprise du quotidien & des consultations. Mais dorénavant, tu le vois, tu le devines, le sida est partout (& personne ne le voit).


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Notes


Cf. Récits d’un jeune médecin, « L’éruption étoilée » (Livre de Poche), P. 99-100.

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