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M303

44C

mardi 28 juillet 2015, par Guillaume Vissac

Tu construis le portrait robot de celui ou
celle qui t’a succédé. Il ou elle est plus
jeune que ce que tu es aujourd’hui. Est en
poste depuis quelques semaines. Trouille à
l’âme chevillée. Seul(e) au monde, seul(e)
dans son corps noir la nuit. Peut-être que
Damian ou Aksinia lui dit combien tu étais
quelqu’un, toi au moins, & peut-être aussi
que c’est ton fantôme, ton ectoplasme, qui
traverse les murs ou met les mains dans le
corps des patients cette fois... Souvenirs
d’un Leopold bleu en gaz d’échappement, le
torse entier enfourné dans le thoracotomie
d’une femme qui n’en avait plus que pour 2
ou 3 heures à vivre & lui il riait ou bien
il pleurait, on ne savait pas vraiment, il
était le fantôme de la honte, de la peur &
de la détresse débutante. Puis, du jour au
lendemain, le fantôme de Leopold ne venait
plus au bloc, ni dans aucune salle stérile
de l’hôpital d’ailleurs, à peine le labo &
la salle de repos &, bien sûr, une fois le
soir venu, le canapé moelleux devant l’ode
cathodique des VHS oubliées. Savoir si ton
remplaçant ou ta remplaçante a découvert &
a exploré la pile de VHS de la cave, comme
toi, & si il ou elle est allé(e) jusqu’aux
visionnages de leur bande magnétique... Tu
as vécu de belles choses là-bas... Il y en
a eu des miasmes & des pathologies... Zéro
maladie mentale par contre... Ou très peu.


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{Révisions}

1 révision

M303 , version 2 (28 juillet 2015)

Tu construis le portrait robot de celui ou
celle qui t’a succédé. Il ou elle est plus
jeune que ce que tu es aujourd’hui. Est en
poste depuis quelques semaines. Trouille à
l’âme chevillée. Seul(e) au monde, seul(e)
dans son corps noir la nuit. Peut-être que
Damian ou Aksinia lui dit combien tu étais
quelqu’un, toi au moins, & peut-être aussi
que c’est ton fantôme, ton ectoplasme, qui
traverse les murs ou met & mets les mains dans le
corps des patients cette fois... Souvenirs
d’un Leopold bleu en gaz d’échappement, le
torse entier enfourné dans le thoracotomie
d’une femme qui n’en avait plus que pour 2
ou 3 heures à vivre & lui il riait ou bien
il pleurait, on ne savait pas vraiment, il
était le fantôme de la honte, de la peur &
de la détresse débutante. Puis, du jour au
lendemain, le fantôme de Leopold ne venait
plus au bloc, ni dans aucune salle stérile
de l’hôpital d’ailleurs, à peine le labo &
la salle de repos &, bien sûr, une fois le
soir venu, le canapé moelleux devant l’ode
cathodique des VHS oubliées. Savoir si ton
remplaçant ou ta remplaçante a découvert &
a exploré la pile de VHS de la cave, comme
toi, & si il ou elle est allé(e) jusqu’aux
visionnages de leur bande magnétique... Tu
as vécu de belles choses là-bas... Il y en
a eu des miasmes & des pathologies... Zéro
maladie mentale par contre... Ou très peu.



Tu imagines ton successeur à Morievo, c’est-à-dire que tu t’imagines toi-même quelques mois en arrière : la jeunesse, la trouille, le fantôme de Leopold, les VHS oubliées à la cave du logement de fonction.


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Notes


Cf. Récits d’un jeune médecin, « Morphine » (Livre de Poche), P. 108-109

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