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M31

44C

mardi 28 octobre 2014, par Guillaume Vissac

Le soir, la nuit, les heures vides & lorsque
le fantôme de Leopold ne traverse pas chaque
carreau de carrelage du logement de fonction
de Morievo, tu te retrouves à fixer les murs
& à cracher du CO2 par la bouche. Il faut te
détendre. Il faut te reposer. Il n’y a rien,
rien à faire ici. Le réseau est découpé à la
hache & émietté menu, ça ne sert rien, on ne
peut rien en tirer, même si les autochtones,
ici, disent que le réseau va bien, que c’est
comme ça qu’on reçoit le réseau ici, qu’à un
certain moment, dans le passé, c’était assez
pauvre, c’est vrai, c’était pire, même, mais
aujourd’hui, non, ça va bien ça passe, c’est
crunchy, ok, mais ça va, n’en déplaise à tes
habitudes mégalopolitaines, n’en déplaise au
réseau tel qu’on le capte à Санкт-Петербу́рг.
Tu as demandé à Anna, pour tuer le temps, il
faisait quoi de ses journées le Leopold ? Il
faisait quoi de ses nuits ? Il faisait quoi,
au juste, quand il ne travaillait pas ? Elle
a levé les épaules, elle s’en foutait un peu
il faut dire. Tu as posé la même question au
feldscher, Damian il s’appelle, il t’a ri au
nez, le feldscher, & il a fait des gestes au
mieux obscènes, le feldscher. Finalement, on
a fini par te répondre & c’était un patient.
Il t’a dit, le monsieur Leopold il a acheté,
par le réseau haché, un écran de télévision.
Tu lui as demandé ce que c’était qu’un écran
de télévision & il a dit, alors, un écran de
télévision c’est quelque chose de fixe qu’on
regarde pour y voir des images. Un peu comme
le réseau ? tu as dit. Il a dit, oui mais en
plus fixe. C’est un objet. C’est un objet...
Il est là quelque part dans les bas fonds du
pavillon & ce n’est pas n’importe quoi, non,
cet objet, & tu ne sais même pas à quoi cela
ressemble mais tu cherches. Il y a une cave,
elle est sous la cuisine, on y descend vite,
la tête dans le cou, car il y gèle l’hiver &
que l’hiver est là. Après quelques plusieurs
minutes de recherche & de condensation tu la
trouves. Elle est grosse & cathodique. Tu la
portes à bout de bras dans l’escalier étroit
& mou. Tu la plantes à côté du radiateur. Tu
la branches. Elle fait pschott. & maintenant
tu fais quoi ? L’autre a dit, le diarrhéique
a dit, qu’il en avait une petite collection.
De quoi ? tu as demandé. De pellicules. Oui,
des pellicules ce sont des bandes enroulées,
enroulées dans des patins de plastique & que
l’on fourre dans la bouche de la télévision,
ensuite la télévision en fait des films, que
c’est beau les films ! Il avait lui-même des
images dans les yeux. Tu lui avais dit, plus
ou moins gentiment, que c’était le passé ces
technologies. Il t’a dit, oui c’était il y a
2 ou 3 mois. Le Leopold est parti sans aucun
de ses effets personnels, vous savez. A tout
laissé derrière, y compris sa télé & puis sa
collection de VHS... Bon, ça s’appelait donc
des VHS. Ça se rentrait dans la grosse fente
rectangulaire qu’il y avait sur le dessus. À
l’entendre ça marchait. Ça se branchait, sur
le secteur normal, en vieux 220 volts. C’est
dedans. Ne reste plus qu’à appuyer sur ON...
Tu appuies sur ON. Ne reste plus qu’à entrer
PLAY... Tu entres PLAY. Ça fonctionne ! Il y
a une image. C’est la lune dans le ciel bleu
marine. On entend des insectes. Il y a un ou
2 arbres en contre-plongée. Un ruisseau plus
ou moins. C’est calme. Quelqu’un de dos boit
du saké. Il boit. Il dit, tout est gangréné.


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{Révisions}

1 révision

M31 , version 2 (28 octobre 2014)

Le soir, la nuit, les heures vides & lorsque
le fantôme de Leopold ne traverse pas chaque
carreau de carrelage du logement de fonction
de Morievo, tu te retrouves à fixer les murs
& à cracher du CO2 par la bouche. Il faut te
détendre. Il faut te reposer. Il n’y a rien,
rien à faire ici. Le réseau est découpé à la
hache & émietté menu, ça ne sert rien, on ne
peut rien en tirer, même si les autochtones,
ici, disent que le réseau va bien, que c’est
comme ça qu’on reçoit le réseau ici, qu’à un
certain moment, dans le passé, c’était assez
pauvre, c’est vrai, c’était pire, même, mais
aujourd’hui, non, ça va bien ça passe, c’est
crunchy, ok, mais ça va, n’en déplaise à tes
habitudes mégalopolitaines, n’en déplaise au
réseau tel qu’on le capte à Санкт-Петербу́рг.
Tu as demandé à Anna, pour tuer le temps, il
faisait quoi de ses journées le Leopold ? Il
faisait quoi de ses nuits ? Il faisait quoi,
au juste, quand il ne travaillait pas ? Elle
a levé les épaules, elle s’en foutait un peu
il faut dire. Tu as posé la même question au
feldscher, Damian il s’appelle, il t’a ri au
nez, le feldscher, & il a fait des gestes au
mieux obscènes, le feldscher. Finalement, on
a fini par te répondre & c’était un patient.
Il t’a dit, le monsieur Leopold il a acheté,
par le réseau haché, un écran de télévision.
Tu lui as demandé ce que c’était qu’un écran
de télévision & , il a dit, alors , un écran de
télévision c’est quelque chose de fixe qu’on
regarde pour y voir des images . peu mélan Un peu comme
le réseau ?
tu as dit. Il a dit, oui mais en
plus fixe.
C’est un objet. C’est un objet...
Il est là quelque part dans les bas fonds du
pavillon & ce n’est pas n’importe quoi, non,
cet objet, & tu ne sais même pas à quoi cela
ressemble mais tu cherches.
Il y a une cave,
elle est sous la cuisine, on y descend vite,
la tête dans le cou, car il y gèle l’hiver &
que l’hiver est là.
Après quelques plusieurs
minutes de recherche & de condensation tu la
trouves.
Elle est grosse & cathodique. Tu la
portes à bout de bras dans l’escalier étroit
& mou.
Tu la plantes à côté du radiateur. Tu
la branches.
Elle fait pschott. & maintenant
tu fais quoi ?
L’autre a dit, le diarrhéique
a dit, qu’il en avait une petite collection.
De quoi ? tu as demandé. De pellicules. Oui,
des pellicules ce sont des bandes enroulées,
enroulées dans des patins de plastique & que
l’on fourre dans la bouche de la télévision,
ensuite la télévision en fait des films, que
c’est beau les films !
Il avait lui-même des
images dans les yeux.
Tu lui avais dit, plus
ou moins gentiment, que c’était le passé ces
technologies.
Il t’a dit, oui c’était il y a
2 ou 3 mois.
Le Leopold est parti sans aucun
de ses effets personnels, vous savez.
A tout
laissé derrière, y compris sa télé & puis sa
collection de VHS...
Bon, ça s’appelait donc
des VHS.
Ça se rentrait dans la grosse fente
rectangulaire qu’il y avait sur le dessus.
À
l’entendre ça marchait.
Ça se branchait, sur
le secteur normal, en vieux 220 volts.
C’est
dedans.
Ne reste plus qu’à appuyer sur ON...
Tu appuies sur ON. Ne reste plus qu’à entrer
PLAY...
Tu entres PLAY. Ça fonctionne ! Il y
a une image.
C’est la lune dans le ciel bleu
marine.
On entend des insectes. Il y a un ou
2 arbres en contre-plongée.
Un ruisseau plus
ou moins.
C’est calme. Quelqu’un de dos boit
du saké.
Il boit. Il dit, tout est gangréné.

Que faire quand on ne travaille pas ? Que faisait Leopold ? Il avait ses trésors : des VHS & une télévision. Qu’est-ce que c’est ? Tu trouves les trésors à la cave. Tu allumes la télévision. Tu regardes. Un homme boit du saké dedans.



Que faire quand on ne travaille pas ? Que faisait Leopold ? Il avait ses trésors : des VHS & une télévision. Qu’est-ce que c’est ? Tu trouves les trésors à la cave. Tu allumes la télévision. Tu regardes. Un homme boit du saké dedans.


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Notes


Interlude #1, Battōsai l’assassin (人斬り抜刀斎)

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