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M311

44C

mercredi 5 août 2015, par Guillaume Vissac

Elle dit que oui, c’est Poliakov. Il s’est
tiré une balle. Elle redit ces mots, ces 5
mots : il s’est tiré une balle. Tu te dis,
Poliakov. Une balle. Tu veux savoir quand,
comment, pourquoi. Elle ne répond pas & il
y a de la parole dans son regard. Trop peu
de nuit en phase de pétrification. La nuit
une heure après l’éclipse entière. Dans de
la lumière jaune baigne donc Poliakov. Non
pas Poliakov : le Dr Poliakov. Il est long
de 8m50 sur le brancard violet. Inerte son
pied mort dans de grosses bottes marron. À
la place de son ombre on dirait une coulée
de boue. Ton cœur est compressé, sans plus
aucun muscle & sans plus un seul décilitre
de sang. Quelqu’un lui soulève son bonnet,
des cheveux tout cognés par la sueur plein
le front lui en sortent & des mains vont &
viennent le long de tout son corps. Une ou
2 infirmières. Des index & des pouces. Une
langue de trauma pansements™ & de l’huile,
de l’huile jaune zébrée pourpre, en pleine
oscillation. Son thorax balance faiblement
& ses 23 côtes frémissent sous les remous.


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{Révisions}

1 révision

M311 , version 2 (5 août 2015)

Elle dit que oui, c’est Poliakov. Il s’est
tiré une balle. Elle redit ces mots, ces 5
mots : il s’est tiré une balle. Tu te dis,
Poliakov. Une balle. Tu veux savoir quand,
comment, pourquoi. Elle ne répond pas & il
y a de la parole dans son regard. Trop peu
de nuit en phase de pétrification. La nuit
une heure après l’éclipse entière. Dans de
la lumière jaune baigne donc Poliakov. Non
pas Poliakov : le Dr Poliakov. Il est long
de 8m50 sur le brancard violet. Inerte son
pied mort dans de grosses bottes marron. À
la place de son ombre on dirait une coulée
de boue. Ton cœur est compressé, sans plus
aucun muscle & sans plus un seul décilitre
décalitre
de sang. Quelqu’un lui soulève son bonnet,
des cheveux tout cognés par la sueur plein
le front lui en sortent & des mains vont &
viennent le long de tout son corps. Une ou
2 infirmières. Des index & des pouces. Une
langue de trauma pansements™ & de l’huile,
de l’huile jaune zébrée pourpre, en pleine
oscillation. Son thorax balance faiblement
& ses 23 côtes frémissent sous les remous.



C’est bien Poliakov. Il s’est tiré une balle. Tu vas le voir. Il git dans son sang, dans la gaze & dans l’huile jaune de l’électricité.


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Notes


Cf. Récits d’un jeune médecin, « Morphine » (Livre de Poche), P. 114

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