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M317

44C

mardi 11 août 2015, par Guillaume Vissac

Le mail dit, très cher ami. Je ne vais pas
t’attendre. J’ai renoncé à me soigner. Une
fois pour toute c’est sans espoir. & je ne
veux pas souffrir davantage. J’ai essayé &
essayé. J’ai suffisamment essayé. Gare aux
cristaux & à la voie intrathécale. Tu sais
ce que ça veut dire, bien sûr : qu’il faut
piquer entre l’arachnoïde & la pie-mère...
Je leur ai fait pleinement confiance à ces
cristaux. Trop. & maintenant je suis mort.
Je te laisse jeter un œil sur mon journal.
Tout est en ligne, sur un blog non crypté,
libre d’accès. Je ne sais pas ce que tu en
feras mais j’ai toujours eu cette image de
toi comme étant quelqu’un de curieux, plus
amateur que d’autres de documents humains.
Si cela t’intéresse
[il est écrit ton nom,
il est écrit en toutes lettres] l’histoire
de ma maladie. Adieu. Poliakov. PS : MERCI
DE N’ACCUSER PERSONNE DE MA MORT.
Ensuite,
un lien http antique de quelques lettres &
caractères. Quelque chose de désuet. Vieux
machin dépouillé, articles récents en haut
de la page, archives au fond de l’infinite
scroll. Creuser loin pour trouver le début.


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{Révisions}

1 révision

M317 , version 2 (11 août 2015)

Le mail dit, très cher ami. Je ne vais pas
t’attendre. J’ai renoncé à me soigner. Une
fois pour toute c’est sans espoir. & je ne
veux pas souffrir davantage. J’ai essayé &
essayé. J’ai suffisamment essayé. Gare aux
cristaux & à la voie intrathécale. Tu sais
ce que ça veut dire, bien sûr : qu’il faut
piquer entre l’arachnoïde & la pie-mère...
Je leur ai fait pleinement confiance à ces
cristaux. Trop. & maintenant je suis mort.
Je te laisse jeter un œil sur mon journal.
Tout est en ligne, sur un blog non crypté,
libre d’accès. Je ne sais pas ce que tu en
feras mais j’ai toujours eu cette image de
toi comme étant quelqu’un de curieux, plus
amateur que d’autres de documents humains.
Si cela t’intéresse
[il est écrit ton nom,
il est écrit en toutes lettres] l’histoire
de ma maladie. Adieu. Adieu , Poliakov. PS : MERCI
DE N’ACCUSER PERSONNE DE MA MORT.
Ensuite,
un lien http antique de quelques lettres &
caractères. Quelque chose de désuet. Vieux
machin dépouillé, articles récents en haut
de la page, archives au fond de l’infinite
scroll. Creuser loin pour trouver le début.



Le mail d’adieu de Poliakov. Il a laissé un blog dont il t’envoie l’adresse.


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Notes


Cf. Récits d’un jeune médecin, « Morphine » (Livre de Poche), P. 116-117

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