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M32

44C

mercredi 29 octobre 2014, par Guillaume Vissac

L’homme marche dans la forêt avec une cape à
son dos accrochée. Une roulotte avance. Dans
la nuit elle avance. Il y a des femmes, il y
a un garçon parmi ces femmes. Il tient comme
une toupie dans sa main blanche. En ce temps
où la violence augmente chaque jour
(l’homme
le dit en voix off), des hommes & des sabres
débarquent & attaquent les femmes, découpent
les femmes, massacrent les femmes, torturent
les femmes, les femmes crient, elles hurlent
& elles tentent de s’enfuir, les hommes vont
trop vite, ils les rattrapent, ils mutilent,
ils font couler le sang & ils attisent comme
il faut les geysers. L’homme dit en voix off
que nul ne peut arrêter le destin. La pointe
d’un katana plonge dans la carne d’une femme
& c’est rouge & liquide tout d’un coup & les
hommes ne s’arrêtent pas, ils courent, vite,
plus vite & ils plantent l’épine d’une lance
dans le crâne d’une femme, dans l’abdomen de
cette autre femme, les femmes tombent, comme
des quilles elles tombent, elles murmurent &
murmurent des paroles inaudibles par terre &
inondées de glaise & de rouge. Ici, c’est un
champ de cadavres. Le garçon saisit un sabre
qui gît au sol, il halète. Il halète, il est
face au sang rouge, à la marée de viscères &
de vase, il halète, les hommes s’approchent,
ils s’approchent de lui & quelqu’un le tient
par l’arrière lorsqu’il tente de les charger
avec ses petits bras, on le protège, on veut
le protéger, c’est une femme, le sabre tombe
par terre, plusieurs femmes le tiennent & le
sanglent avec leurs bras & leurs mains. Ceux
qui approchent sont dans l’ombre. Les femmes
lui masquent la bouche avec leurs mains mais
ses yeux sont ouverts. Ils voient tout de ce
massacre en cours & à venir. Les femmes font
barrage, elles implorent pour la vie du môme
& sous les yeux du môme elles se vident d’un
bon quart de leur sang. Le sang gicle, gicle
& fuse. Une femme dit, s’il vous plaît, s’il
vous plaît, épargnez au moins cet enfant. On
l’égorge cette femme. Il y a la prunelle des
prunelles en gros plan, sous le sang : celle
de l’enfant enfoui sous ces femmes. Bientôt,
il ne restera plus qu’une femme. Basculera à
la renverse. Dira au gamin en sanglots, vis.
Il faut que tu vives. Tu ne dois pas mourir,
pas maintenant, je t’en prie. Vis. Vis, sois
maître de ton destin en mémoire des morts...
Cette femme pleure. On la traîne en arrière,
par les cheveux, pour l’éloigner du garçon &
elle suffoque lorsque l’homme lui enfonce la
lame de son katana par la gorge & le cou. Le
garçon la regarde mourir avec ses yeux ronds
& l’homme se rapproche de lui pour le tuer à
son tour. Quelque chose l’arrête. Un bruit à
l’arrière de lui-même. C’est un homme. C’est
l’homme du saké au début. C’est la voix off.
C’est un maître d’armes & de la raison pure.
Il s’approche du meurtrier & lui dit, à quoi
te servirait mon nom puisque tu es déjà mort
pratiquement ? Le maître le tue, il l’éclate
avec son sabre clair. Sous la lune le maître
les a tous tués... Sauf le garçon. Le destin
les a fait se rencontrer, dit-il en essuyant
le sang sur son sabre. Il le laisse là, seul
au milieu des cadavres & en voix off il dit,
l’enfer c’est d’être tué comme un chien. Une
autre fois, il reviendra sur les lieux de ce
massacre, pour enterrer les corps peut-être,
mais à son arrivée les corps seront déjà des
cadavres enterrés. Des tombes ont été faites
à la main. Des bouts de bois plantés dessus.
C’est le garçon. Il patiente là dans une mer
de tombes & l’homme dit, tu dois apprendre à
te protéger & à protéger les autres & il lui
demande son nom. Le garçon dit son nom. Puis
l’homme dit, ce nom est tendre. Trop pour un
guerrier. Il lui invente un autre nom. Puis,
alors que l’image tourne autour de lui, dit,
je vais te transmettre mon héritage, je vais
t’apprendre tout ce que je sais. C’est beau.


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{Révisions}

1 révision

M32 , version 2 (29 octobre 2014)

Un massacre de femmes. Un garçon impuissant assiste à ce massacre. Les femmes le protègent. Elle meurt. Il est sauvé par un maître qui tue tout le monde & le prend sous son aile.

L’homme marche dans la forêt avec une cape à
son dos accrochée. Une roulotte avance. Dans
la nuit elle avance. Il y a des femmes, il y
a un garçon parmi ces femmes. Il tient comme
une toupie dans sa main blanche. En En ce temps
où la violence augmente chaque jour jour (l’homme
le dit en voix off), des hommes & des sabres
débarquent & attaquent les femmes, découpent
les femmes, massacrent les femmes, torturent
les femmes, les femmes crient, elles hurlent
& elles tentent de s’enfuir, les hommes vont
trop vite, ils les rattrapent, ils mutilent,
ils font couler couleur le sang & , ils attisent comme
il faut les geysers, l’homme dit en voix off
que nul ne peut arrêter le destin . L’homme dit en voix off
que nul ne peut arrêter le destin.
La pointe
d’un katana plonge dans la carne d’une femme
& c’est rouge & liquide tout d’un coup & les
hommes ne s’arrêtent pas, ils courent, vite,
plus vite & ils plantent l’épine d’une lance
dans le crâne d’une femme, dans l’abdomen de
cette autre femme, les femmes tombent, comme
des quilles elles tombent, elles murmurent &
murmurent des paroles inaudibles par terre &
inondées de glaise & de rouge. Ici, c’est un
champ de cadavres. Le garçon saisit un sabre
qui gît au sol, il halète.
Il halète, il est
face au sang rouge, à la marée de viscères &
de vase, il halète, les hommes s’approchent,
ils s’approchent de lui & quelqu’un le tient
par l’arrière lorsqu’il tente de les charger
avec ses petits bras, on le protège, on veut
le protéger, c’est une femme, le sabre tombe
par terre, plusieurs femmes le tiennent & le
sanglent avec leurs bras & leurs mains.
Ceux
qui approchent sont dans l’ombre.
Les femmes
lui masquent la bouche avec leurs mains mais
ses yeux sont ouverts.
Ils voient tout de ce
massacre en cours & à venir.
Les femmes font
barrage, elles implorent pour la vie du môme
& sous les yeux du môme elles se vident d’un
bon quart de leur sang.
Le sang gicle, gicle
& fuse.
Une femme dit, s’il vous plaît, s’il
vous plaît, épargnez au moins cet enfant.
On
l’égorge cette femme.
Il y a la prunelle des
prunelles en gros plan, sous le sang : celle
de l’enfant enfoui sous ces femmes.
Bientôt,
il ne restera plus qu’une femme.
Basculera à
la renverse.
Dira au gamin en sanglots, vis.
Il faut que tu vives. Tu ne dois pas mourir,
pas maintenant, je t’en prie.
Vis. Vis, sois
maître de ton destin en mémoire des morts...
Cette femme pleure. On la traîne en arrière,
par les cheveux, pour l’éloigner du garçon &
elle suffoque lorsque l’homme lui enfonce la
lame de son katana par la gorge & le cou.
Le
garçon la regarde mourir avec ses yeux ronds
& l’homme se rapproche de lui pour le tuer à
son tour.
Quelque chose l’arrête. Un bruit à
l’arrière de lui-même.
C’est un homme. C’est
l’homme du saké au début.
C’est la voix off.
C’est un maître d’armes & de la raison pure.
Il s’approche du meurtrier & lui dit, à quoi
te servirait mon nom puisque tu es déjà mort
pratiquement ?
Le maître le tue, il l’éclate
avec son sabre clair.
Sous la lune le maître
les a tous tués...
Sauf le garçon. Le destin
les a fait se rencontrer, dit-il en essuyant
le sang sur son sabre.
Il le laisse là, seul
au milieu des cadavres & en voix off il dit,
l’enfer c’est d’être tué comme un chien.
Une
autre fois, il reviendra sur les lieux de ce
massacre, pour enterrer les corps peut-être,
mais à son arrivée les corps seront déjà des
cadavres enterrés.
Des tombes ont été faites
à la main.
Des bouts de bois plantés dessus.
C’est le garçon. Il patiente là dans une mer
de tombes & l’homme dit, tu dois apprendre à
te protéger & à protéger les autres & il lui
demande son nom.
Le garçon dit son nom. Puis
l’homme dit, ce nom est tendre.
Trop pour un
guerrier.
Il lui invente un autre nom. Puis,
alors que l’image tourne autour de lui, dit,
je vais te transmettre mon héritage, je vais
t’apprendre tout ce que je sais.
C’est beau.



Un massacre de femmes. Un garçon impuissant assiste à ce massacre. Les femmes le protègent. Elle meurt. Il est sauvé par un maître qui tue tout le monde & le prend sous son aile.


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Notes


Interlude #1, Battōsai l’assassin (人斬り抜刀斎)

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