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M323

38c

lundi 17 août 2015, par Guillaume Vissac

La nuit dernière une chose bizarre. Au
coucher une douleur soudaine au niveau
de l’estomac voire des couilles. Genre
insupportable. Voilà, je suis couvert,
couvert de sueur froide & je panique :
comment un jeune homme en parfaite, je
dis bien parfaite santé, dont le foie,
les reins & les tripes sont en parfait
état peut ressentir des douleurs comme
ça, au point de se tordre dans son lit
en se mâchant les joues ? & ça ne veut
pas passer. Suis obligé de me traîner,
en gémissant, jusqu’au pavillon voisin
& d’appeler Anna... Elle vient tout de
suite & tout de suite elle me fait une
injection de morphine. Paraît que tout
mon visage était vert. Pourquoi ? Mais
je n’aime pas beaucoup notre feldscher
(il était là, il a tout vu). Asocial &
comment dit-on déjà ? Ça ne fait rien.
Anna, par contre, oui, c’est quelqu’un
de bien... Aimable & cultivée... Bien,
très bien ! Je me demande bien comment
elle fait pour vivre dans la solitude,
dans ce cercueil de neige & de froid &
de givre. Elle est avec un mec qui est
quelque part en Allemagne. Grand merci
à celui qui a eu le premier cette idée
d’extraire la morphine de la fleur, la
fleur de pavot. Merci à toi, où que tu
sois, enculé ! La douleur est partie à
la 7ème minute. La 7ème ! J’ai attendu
7 minutes, c’est tout, pas une de plus
& ensuite la douleur est partie ! Mais
c’est bizarre : la douleur déferlait à
pleine vague, sans respiration, pause,
relâchement, aucune pulsation. À cause
de ça que je suffoquais... Comme si on
m’avait enfoncé un pied de biche, non,
pas un pied de biche, un pied de biche
chauffé à blanc
, dans le ventre, qu’on
l’avait remué ou qu’on avait touillé à
l’aveugle pendant de longues minutes !
Mais j’ai fait attention : 4 minutes à
peu près après l’injection, j’ai senti
des variations d’amplitude & de forme,
au niveau de la douleur. J’ai dessiné,
j’ai gribouillé quelque chose, voilà :

C’est bien qu’un médecin puisse tester
sur lui-même les effets d’un médoc. On
devrait tous faire ça... On aurait une
toute autre notion de leur efficacité,
de leurs effets. &, après l’injection,
j’ai enfin pu dormir en paix, reposé &
décontracté. D’un sommeil si profond &
si agréable que j’ai oublié de penser.
De penser à elle, celle qui m’a trahi.


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M323 , version 3 (13 mars 2016)

La nuit dernière une chose bizarre. Au
coucher une douleur soudaine au niveau
de l’estomac voire des couilles. Genre
insupportable. Voilà, je suis couvert,
couvert de sueur froide & je panique :
comment un jeune homme en parfaite, je
dis bien parfaite santé, dont le foie,
les reins & les tripes sont en parfait
état peut ressentir des douleurs comme
ça, au point de se tordre dans son lit
en se mâchant les joues ? & ça ne veut
pas passer. Suis obligé de me traîner,
en gémissant, jusqu’au pavillon voisin
& d’appeler Anna... Elle vient tout de
suite & tout de suite elle me fait une
injection de morphine. Paraît que tout
mon visage était vert. Pourquoi ? Mais
je n’aime pas beaucoup notre feldscher
(il était là, il a tout vu). Asocial &
comment dit-on déjà ? Ça ne fait rien.
Anna, par contre, oui, c’est quelqu’un
de bien... Aimable & cultivée... Bien,
très bien ! Je me demande bien comment
elle fait pour vivre dans la solitude,
dans ce cercueil de neige & de froid &
de givre. Elle est avec un mec qui est
quelque part en Allemagne. Grand merci
à celui qui a eu le premier cette idée
d’extraire la morphine de la fleur, la
fleur de pavot. Merci à toi, où que tu
sois, enculé ! La douleur est partie à
la 7ème minute. La 7ème ! J’ai attendu
7 minutes, c’est tout, pas une de plus
& ensuite la douleur est partie ! Mais
c’est bizarre : la douleur déferlait à
pleine vague, sans respiration, pause,
relâchement, aucune pulsation. À cause
de ça que je suffoquais... Comme si on
m’avait enfoncé un pied de biche, non,
pas un pied de biche, un un pied de biche
chauffé chauffé à blanc, dans le ventre, qu’on
l’avait remué ou qu’on avait touillé à
l’aveugle pendant de longues minutes !
Mais j’ai fait attention : 4 minutes à
peu près après l’injection, j’ai senti
des variations d’amplitude & de forme,
au niveau de la douleur. J’ai dessiné,
j’ai gribouillé quelque chose, voilà :

C’est bien qu’un médecin puisse tester
sur lui-même les effets d’un médoc. On
devrait tous faire ça... On aurait une
toute autre notion de leur efficacité,
de leurs effets. &, après l’injection,
j’ai enfin pu dormir en paix, reposé &
décontracté. D’un sommeil si profond &
si agréable que j’ai oublié de penser.
De penser à elle, celle qui m’a trahi.

M323 , version 2 (17 août 2015)

La nuit dernière une chose bizarre. Au
coucher une douleur soudaine au niveau
de l’estomac voire des couilles. Genre
insupportable. Voilà, je suis couvert,
couvert de sueur froide & je panique :
comment un jeune homme en parfaite, je
dis bien parfaite santé, dont le foie,
les reins & les tripes sont en parfait
état peut ressentir des douleurs comme
ça, au point de se tordre dans son lit
en se mâchant les joues ? & ça ne veut
pas passer. Suis obligé de me traîner,
en gémissant, jusqu’au pavillon voisin
& d’appeler Anna... Elle vient tout de
suite & tout de suite elle me fait une
injection de morphine. Paraît que tout
mon visage était vert. Pourquoi ? Mais
je n’aime pas beaucoup notre feldscher
(il était là, il a tout vu). Asocial &
comment dit-on déjà ? Ça ne fait rien.
Anna, par contre, oui, c’est quelqu’un
de bien... Aimable & cultivée... Bien,
très bien ! Je me demande bien comment
elle fait pour vivre dans la solitude,
dans ce cercueil de neige & de froid &
de givre. Elle est avec un mec qui est
quelque part en Allemagne. Grand merci
à celui qui a eu le premier cette idée
d’extraire la morphine de la fleur, la
fleur de pavot. Merci à toi, où que tu
sois, enculé ! La douleur est partie à
la 7ème minute. La 7ème ! J’ai attendu
7 minutes, c’est tout, pas une de plus
& ensuite la douleur est partie ! Mais
c’est bizarre : la douleur déferlait à
pleine vague, sans respiration, pause,
relâchement, aucune pulsation. À cause
de ça que je suffoquais... Comme si on
m’avait enfoncé un pied de biche, non,
pas un pied de biche, un pied de biche
chauffé à blanc, dans le ventre, qu’on
l’avait remué ou qu’on avait touillé à
l’aveugle pendant de longues minutes !
Mais j’ai fait attention : 4 minutes à
peu près après l’injection, j’ai senti
des variations d’amplitude & de forme,
au niveau de la douleur. J’ai dessiné,
j’ai gribouillé quelque chose, voilà :
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C’est bien qu’un médecin puisse tester
sur lui-même les effets d’un médoc. On
devrait tous faire ça... On aurait une
toute autre notion de leur efficacité,
de leurs effets. &, après l’injection,
j’ai enfin pu dormir en paix, reposé &
décontracté. D’un sommeil si profond &
si agréable que j’ai oublié de penser ,
de penserà elle , celle qui m’a trahi .
De penser à elle, celle qui m’a trahi.

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Blog de Poliakov au 15 février.


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Notes


Cf. Récits d’un jeune médecin, « Morphine » (Livre de Poche), P. 119-120

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