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M328

38c

samedi 22 août 2015, par Guillaume Vissac

Soyez prudent docteur Poliakov ! C’est
bon, ça va. Quelle connerie. La nuit &
le crépuscule dehors... Un mois & demi
que je n’ai pas pensé à elle. L’air de
son rôle d’Amnéris m’a quitté. Je suis
fier : je suis un homme, un vrai. Anna
& moi, c’est devenu quelque chose. Une
première phrase m’est venue : Anna est
devenue ma femme
. Évidemment... On est
condamnés à l’île déserte & au secret.
Dehors, la neige a changé, elle est un
peu moins blanche... Grise, on dirait.
Le froid n’est plus aussi féroce, mais
la tempête reprend régulièrement. À la
première minute : sensation d’un doigt
dans le cou... Puis cette sensation se
transforme en chaleur, s’étend... À la
deuxième minute : une onde glacée, qui
déferle dans les tripes, à la suite de
quoi jaillit une incroyable lucidité &
de corps & d’esprit. Pour le boulot on
peut dire que c’est l’idéal... Toutes,
absolument toutes les mauvaises images
& toutes les mauvaises sensations vont
s’évanouir... Intouchable. Tu es, oui,
intouchable ! À l’apogée de toutes tes
capacités intellectuelles, créatrices,
spirituelles. Tout est possible ! & si
je n’étais pas déjà corrompu par cette
formation médicale que j’ai traversée,
je dirais volontiers que l’homme n’est
pas en mesure de travailler pleinement
correctement sans son shot de morphine
(que veux-tu faire lorsque la première
migraine venue peut te couper la route
& te laisser pour mort, inutile ?). Je
crois qu’Anna a la trouille... Je l’ai
rassurée. En lui expliquant combien je
suis, depuis que je suis môme, doté du
plus dur caractère qui soit voire même
d’une extraordinaire force de volonté.


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Blog de Poliakov au 1er mars.


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Notes


Cf. Récits d’un jeune médecin, « Morphine » (Livre de Poche), P. 121-122.

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