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M337

38c

lundi 31 août 2015, par Guillaume Vissac

Ce n’est plus de la douleur : c’est de
la tristesse. J’ai de la tristesse sur
le corps. Je suis enduit de tristesse.
J’ai de la tristesse dans la gorge. La
tristesse coule. J’ai de la tristesse,
aussi, dans la tristesse. Ce n’est pas
le malheur, c’est de la tristesse. Sur
le coin de mon œil, une tache blanche,
vraiment grise, pas vraiment blanche &
cette tache a le goût & l’humeur de la
tristesse. Je suis plein d’un deuil ou
d’une amputation que je n’ai jamais su
nommer. Je n’ai que le mot tristesse à
la bouche. Je ne bouge pas, je suis le
plus souvent moi-même, prostré. C’est,
je crois, de la tristesse encore. Il y
en a plein mes gestes & il y en a sur
l’os blanc. On le voit sous la peau ce
petit bout d’os là. On le voit dans la
glace du miroir le matin me manger les
visages & c’est la tristesse nue cette
rumeur. & je lève le nez de mon nez là
où le vent m’appelle & c’est un vent à
la fois doux & blond qui m’appelle. La
tristesse vient de là. Ça m’appelle ça
me tire en arrière. Je cherche de tous
mes yeux d’où ça peut provenir. De moi
sans doute. De ma tristesse réelle. La
tristesse est étanche : pas moi ! J’ai
l’âme poreuse. La tristesse me déborde
de part en part. J’en ai foutu partout
autour de moi & je suis trempé d’elle.


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{Révisions}

1 révision

M337 , version 2 (31 août 2015)

Ce n’est plus de la douleur : c’est de
la tristesse. J’ai de la tristesse sur
le corps. Je suis enduit enduis de tristesse.
J’ai de la tristesse dans la gorge. La
tristesse coule. J’ai de la tristesse,
aussi, dans la tristesse. Ce n’est pas
le malheur, c’est de la tristesse. Sur
le coin de mon œil, une tache blanche,
vraiment grise, pas vraiment blanche &
cette tache a le goût & l’humeur de la
tristesse. Je suis plein d’un deuil ou
d’une amputation que je n’ai jamais su
nommer. Je n’ai que le mot tristesse à
la bouche. Je ne bouge pas, je suis le
plus souvent moi-même, prostré. C’est,
je crois, de la tristesse encore. Il y
en a plein mes gestes & il y en a sur
l’os blanc. On le voit sous la peau ce
petit bout d’os là. On le voit dans la
glace du miroir le matin me manger les
visages & c’est la tristesse nue cette
rumeur. & je lève le nez de mon nez là
où le vent m’appelle & c’est un vent à
la fois doux & blond qui m’appelle. La
tristesse vient de là. Ça m’appelle ça
me tire en arrière. Je cherche de tous
mes yeux d’où ça peut provenir. De moi
sans doute. De ma tristesse réelle. La
tristesse est étanche : pas moi ! J’ai
l’âme poreuse. La tristesse me déborde
de part en part. J’en ai foutu partout
autour de moi & je suis trempé d’elle.



Blog de Poliakov au 16 avril.


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Notes


Cf. Récits d’un jeune médecin, « Morphine » (Livre de Poche), P. 127.

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