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M340

38c

jeudi 3 septembre 2015, par Guillaume Vissac

Je me suis trompé dans les dates & les
dates, du coup, sont fictives ou bien,
je ne sais pas moi, erronées. Ça n’est
pas très grave je crois. Mais tout est
dans ce je crois. Surtout, mes machins
précédents sont un peu hystériques. Je
regrette de les avoir écrits. Tout ça,
tout, n’a aucune incidence sur ma vie,
disons, professionnelle : je vis toute
la journée sur la dernière injection &
le dernier shot de la veille. Je jure,
ici-même, sur ma carne que ma morphine
n’a eu aucune incidence sur ma qualité
de médecin & sur mes patients. Je suis
d’une irréprochable circonspection sur
les ordonnances. Mais j’ai peur : peur
qu’on me démasque à tout instant. Oui,
ça peut venir de n’importe qui, quand,
partout. Le feldscher, surtout : il me
regarde. Qu’il aille se faire foutre !
Il ne sait rien. Ne peut rien savoir &
rien deviner. Je suis parfait. Rien ne
peut me trahir... Rien. Il y a bien eu
un problème, j’ai voulu commander 40g,
le type avait l’air sceptique, il n’en
avait que 10, heureusement que ce con,
au téléphone, ne voyait pas ma gueule,
il a fini par m’envoyer mes 10g & avec
d’autres trucs évidemment, enfin, tout
va bien, c’est derrière moi tout ça...
Il ne faut pas oublier ça : seules les
pupilles sont dangereuses. Ça vient du
regard. C’est dans le regard. Si on te
regarde dans le regard, là, on sait...
Quand on me regarde comme ça, là, dans
le regard, j’ai l’impression de tomber
dans le fond d’une pupille d’éléphant.


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Blog de Poliakov au 12 mai.


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Notes


Cf. Récits d’un jeune médecin, « Morphine » (Livre de Poche), P. 127-128.

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