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M342

38c

samedi 5 septembre 2015, par Guillaume Vissac

Me revoici chez moi. Chez moi, mais je
ne sais pas ce que ça veut dire ça, ce
chez moi. En tout cas, plus dans cette
clinique de Moscou où... Plus là-bas &
plus jamais, non. Je me suis enfui. Je
suis de retour sous la pluie majuscule
qui t’arrache au monde, en un souffle,
en un souffle de vent. Eh bien qu’elle
m’arrache ! Je n’ai pas besoin de moi.
J’ai vécu des émeutes depuis les murs,
les murs velus de la cliniques... On a
manifesté beaucoup, là-bas, c’est bien
le chaos là-bas. Mais rien à voir avec
ma décision de m’enfuir : c’est venu à
la première semaine, peut-être dès les
premières secondes. Merci morphine, ce
courage-là je te le dois. Je n’ai plus
peur de rien maintenant & certainement
pas des émeutes. Les émeutes, j’en ai,
dans le corps j’en ai ! Je sais ce que
c’est réellement que l’émeute. Là-bas,
le personnel avait peur de to NS_HOST_
NOT_FOUND The host name was name was n
ot found during the DNS
porté avec moi
la chemise de l’hosto ! Mais après, le
lendemain & après mon shot, je me suis
senti revivre. Revivre. & je suis allé
voir le docteur de la clinique là-bas,
après mon shot, rendu la chemise, il a
dit merci, m’a demandé ce que j’allais
faire maintenant, moi j’étais plein de
cette espèce d’euphorie qui vient avec
le shot, je lui ai dit je retourne aux
fins fonds de là-bas, dans mon trou, à
Morievo, puisque mon congé est terminé
voilà. Je lui ai dit merci. & puis que
j’allais mieux. Que j’allais continuer
de me soigner chez moi. À cause de son
regard dans mon regard il savait bien,
lui, que c’était faux, & il me l’a dit
sans ménagement, avec la langue âcre &
agressive. Ce fils de pute croit qu’il
vaut mieux que moi. Il voulait que je,
quelque part, que je revienne sur mon,
sur ma décision de partir, & j’ai dit,
je lui ai dit non. J’ai prétexté toute
cette merde qu’il y avait dehors & les
émeutes, tout ça. Que j’avais peur. En
réalité j’avais peur de me revoir oser
aller venir dans ces couloirs glacés &
la patte cassée à attendre ce shot, ce
shot minable de 0,005g, petite larme à
la petite semaine qui te permet juste,
au fond, de ne pas crever, voilà. J’ai
dit non, donc. Moi, je voulais guérir.
Mais guérir sans souffrance. Après ça,
je ne sais plus très bien, je crois me
souvenir qu’il souhaitait que je parte
mais je ne suis pas parti. Je voulais,
je voulais quelque chose. Oui, voilà :
je voulais récupérer la déclaration de
mon entrée volontaire en clinique. Oui
c’est bien ça. Il me l’a rendue & elle
est quelque part aujourd’hui, déchirée
ou aux chiottes, je ne sais plus... Le
toubib a voulu me faire peur & pour me
retenir il m’a dit que je reviendrai &
que ce sera pire, qu’il ne fallait pas
compter reprendre la pratique courante
de la médecine, qu’il devrait avertir,
comment dit-on, ma hiérarchie... Je ne
sais plus comment cette conversation &
ces paroles se sont terminées... Il me
semble que je l’ai convaincu. Ou bien,
ou bien peut-être que c’est ce qu’il a
dit, lui, pour que je disparaisse ? Je
ne sais plus. Je sais seulement que je
me suis enfui le corps tordu de honte,
de douleurs & d’horreurs dans la tête.


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{Révisions}

1 révision

M342 , version 2 (5 septembre 2015)

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Me revoici chez moi. Chez moi, mais je
ne sais pas ce que ça veut dire ça, ce
chez moi. En tout cas, plus dans cette
clinique de Moscou où... Plus là-bas &
plus jamais, non. Je me suis enfui. Je
suis de retour sous la pluie majuscule
qui t’arrache au monde, en un souffle,
en un souffle de vent. Eh bien qu’elle
m’arrache ! Je n’ai pas besoin de moi.
J’ai vécu des émeutes depuis les murs,
les murs velus de la cliniques... On a
manifesté beaucoup, là-bas, c’est bien
le chaos là-bas. Mais rien à voir avec
ma décision de m’enfuir : c’est venu à
la première semaine, peut-être dès les
premières secondes. Merci morphine, ce
courage-là je te le dois. Je n’ai plus
peur de rien maintenant & certainement
pas des émeutes. Les émeutes, j’en ai,
dans le corps j’en ai ! Je sais ce que
c’est réellement que l’émeute. Là-bas,
le personnel avait peur de to NS_HOST _
NOT_FOUND The host name was name was n
ot found during the DNS porté avec moi
la chemise de l’hosto  ! to Mais après, le
lendemain & après mon shot, je me suis
senti revivre.
Revivre. & je suis allé
voir le docteur de la clinique là-bas,
après mon shot, rendu la chemise, il a
dit merci, m’a demandé ce que j’allais
faire maintenant, moi j’étais plein de
cette espèce d’euphorie qui vient avec
le shot, je lui ai dit je retourne aux
fins fonds de là-bas, dans mon trou, à
Morievo, puisque mon congé est terminé
voilà.
Je lui ai dit merci. & puis que
j’allais mieux.
Que j’allais continuer
de me soigner chez moi.
À cause de son
regard dans mon regard il savait bien,
lui, que c’était faux, & il me l’a dit
sans ménagement, avec la langue âcre &
agressive.
Ce fils de pute croit qu’il
vaut mieux que moi.
Il voulait que je,
quelque part, que je revienne sur mon,
sur ma décision de partir, & j’ai dit,
je lui ai dit non.
J’ai prétexté toute
cette merde qu’il y avait dehors & les
émeutes, tout ça.
Que j’avais peur. En
réalité j’avais peur de me revoir oser
aller venir dans ces couloirs glacés &
la patte cassée à attendre ce shot, ce
shot minable de 0,005g, petite larme à
la petite semaine qui te permet juste,
au fond, de ne pas crever, voilà.
J’ai
dit non, donc.
Moi, je voulais guérir.
Mais guérir sans souffrance. Après ça,
je ne sais plus très bien, je crois me
souvenir qu’il souhaitait que je parte
mais je ne suis pas parti.
Je voulais,
je voulais quelque chose.
Oui, voilà :
je voulais récupérer la déclaration de
mon entrée volontaire en clinique.
Oui
c’est bien ça.
Il me l’a rendue & elle
est quelque part aujourd’hui, déchirée
ou aux chiottes, je ne sais plus...
Le
toubib a voulu me faire peur & pour me
retenir il m’a dit que je reviendrai &
que ce sera pire, qu’il ne fallait pas
compter reprendre la pratique courante
de la médecine, qu’il devrait avertir,
comment dit-on, ma hiérarchie...
Je ne
sais plus comment cette conversation &
ces paroles se sont terminées...
Il me
semble que je l’ai convaincu.
Ou bien,
ou bien peut-être que c’est ce qu’il a
dit, lui, pour que je disparaisse ?
Je
ne sais plus.
Je sais seulement que je
me suis enfui le corps tordu de honte,
de douleurs & d’horreurs dans la tête.

Cf. Récits d’un jeune médecin, « Morphine » (Livre de Poche), P. 130-133 130 .



Blog de Poliakov au 14 novembre.


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Notes


Cf. Récits d’un jeune médecin, « Morphine » (Livre de Poche), P. 130-133.

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