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M346

38c

mercredi 9 septembre 2015, par Guillaume Vissac

Il y a eu un rayon de soleil l’autre j
our à travers le logement de fonction.
Cherché toute la journée le sens, savo
ir pourquoi ce rayon il me mettait l’â
me aux yeux. Pas trouvé. Quelque chose
comme un souvenir mais j’ai oublié tou
t. Sûrement ça voulait dire quelque ch
ose mais je ne sais pas quoi moi. Comm
e quand un jour (c’était il y a des mo
is) l’un de mes patients m’a dit qu’il
comprenait maintenant pourquoi certain
s croient à la vie après la mort & aux
clones postmortems. Peut-être qu’il av
ait dû perdre quelqu’un je ne sais plu
s. Toujours est-il que le clonage post
ortem il ne trouvait plus ça aussi con
désormais. L’histoire de quelqu’un qui
avait perdu quelqu’un qui se l’était f
ait implanter en elle, un embryon, pou
r pouvoir donner naissance à son clone
& elle disait qu’elle espérait bien qu
’il fasse pareil à son tour. J’avais é
teint l’écran alors. Oui, c’était peut
- être sur un écran ce patient & non pa
s un patient véritable. Anna voulait s
avoir pourquoi je lui racontais tout ç
a (je le savais pas moi-même). On s’es
t parlé elle est moi toute la nuit. El
le m’a dit, le feldscher sait. J’ai di
t, & alors ? Je m’en fous. Elle a dit,
si tu ne retournes pas en détox je vai
s me tirer une balle. Elle était série
use & tout. J’ai dit, mais non. Elle a
dit, non mais regarde tes mains. Moi j
’ai dit, qu’est-ce qu’elles ont mes ma
ins ? Qu’est-ce qu’elles avaient mes m
ains ? D’après elle elles étaient tran
sparentes & elles tremblaient mais moi
je pouvais bien travailler avec une pa
ire de mains comme celle-là. Elle a di
t, mais on te voit les os là dessous p
utain ! Puis elle a dit, pars, mais pa
rs putain, va à Moscou, sinon tu es mo
rt. Je n’y croyais pas. J’ai argumenté
un petit peu. J’avais des choses là da
ns la bouche à lui dire. Ça ne fait mê
me pas un an que je suis malade, alors
... Elle a dit, tu veux que je l’appel
le c’est ça ? J’ai dit, mais qui ? Ell
e a dit, Amnéris. Ton ex. J’ai dit, Di
eu merci je l’ai oubliée, elle. Non, p
as Dieu, grâce à la morphine. Rien que
pour ça je suis heureux qu’elle soit e
ntrée dans ma vie. Anna a disparu aprè
s ça. Elle pleurait. Comme je suis heu
reux qu’une telle personne existe ! Qu
and je serai guéri, je m’en irai l’épo
user quelque part & ce sera si beau...


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{Révisions}

1 révision

M346 , version 2 (9 septembre 2015)

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Il y a eu un rayon de soleil l’autre j
our à travers le logement de fonction .
Traversé le logement de fonction.
Cherché toute la journée le sens, savo
ir pourquoi ce rayon il me mettait l’â
me aux yeux. Pas trouvé. Quelque chose
comme un souvenir mais j’ai oublié tou
t. Sûrement ça voulait dire quelque ch
ose mais je ne sais pas quoi moi . Comm
e quand un jour (c’était il y a des mo
is) l’un de mes patients m’a dit qu’il
comprenait maintenant pourquoi certain
s croient à la vie après la mort & aux
clones postmortems.
Peut-être qu’il av
ait dû perdre quelqu’un je ne sais plu
s.
Toujours est-il que le clonage post
ortem il ne trouvait plus ça aussi con
désormais.
L’histoire de quelqu’un qui
avait perdu quelqu’un qui se l’était f
ait implanter en elle, un embryon, pou
r pouvoir donner naissance à son clone
& elle disait qu’elle espérait bien qu
’il fasse pareil à son tour.
J’avais é
teint l’écran alors.
Oui, c’était peut
- être sur un écran ce patient & non pa
s un patient véritable.
Anna voulait s
avoir pourquoi je lui racontais tout ç
a (je le savais pas moi-même).
On s’es
t parlé elle est moi toute la nuit.
El
le m’a dit, le feldscher sait.
J’ai di
t, & alors ?
Je m’en fous. Elle a dit,
si tu ne retournes pas en détox je vai
s me tirer une balle.
Elle était série
use & tout.
J’ai dit, mais non. Elle a
dit, non mais regarde tes mains.
Moi j
’ai dit, qu’est-ce qu’elles ont mes ma
ins ?
Qu’est-ce qu’elles avaient mes m
ains ?
D’après elle elles étaient tran
sparentes & elles tremblaient mais moi
je pouvais bien travailler avec une pa
ire de mains comme celle-là.
Elle a di
t, mais on te voit les os là dessous p
utain !
Puis elle a dit, pars, mais pa
rs putain, va à Moscou, sinon tu es mo
rt.
Je n’y croyais pas. J’ai argumenté
un petit peu.
J’avais des choses là da
ns la bouche à lui dire.
Ça ne fait mê
me pas un an que je suis malade, alors
...
Elle a dit, tu veux que je l’appel
le c’est ça ?
J’ai dit, mais qui ? Ell
e a dit, Amnéris.
Ton ex. J’ai dit, Di
eu merci je l’ai oubliée, elle.
Non, p
as Dieu, grâce à la morphine.
Rien que
pour ça je suis heureux qu’elle soit e
ntrée dans ma vie.
Anna a disparu aprè
s ça.
Elle pleurait. Comme je suis heu
reux qu’une telle personne existe !
Qu
and je serai guéri, je m’en irai l’épo
user quelque part & ce sera si beau...

Blog de Poliakov au 21 novembre.

Cf. Récits d’un jeune médecin, « Morphine » (Livre de Poche), P. 135-136.



Blog de Poliakov au 21 novembre.


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Notes


Cf. Récits d’un jeune médecin, « Morphine » (Livre de Poche), P. 135-136.

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