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M356

38c

samedi 19 septembre 2015, par Guillaume Vissac

J’ai pris une décision. Je sais qui je
vais contacter. Il était ici à Morievo
avant moi après tout. Il est jeune, il
n’est pas psy, on s’est côtoyé pendant
nos études. Il avait l’air rigoureux à
l’époque. Peut-être qu’il pourra me co
Mais je ne peux pas aller le voir non.
Je suis officiellement en arrêt... Une
sale période à passer. Je vis allongé.
& je ne vais pas à l’hôpital, moi. Une
sale période... & le feldscher a voulu
m’ausculter tout à l’heure. Ce fils de
pute : je l’ai envoyé se faire foutre.
Bon : il faut que je me repose. Essayé
d’appeler Krasny, laissé un message...
L’hôpital de Krasny. Après avoir lâché
mon message vocal dans la machine, des
glaires dans une gorge, j’ai plongé en
sanglots. Un souvenir m’est revenu aux
yeux, le jour où je me suis enfui, les
chiottes de la gare de Moscou où je me
suis planté de la came volée en pleine
odeur de pisse. Putain ! Les voix sont
là, elles résonnent encore, on veut la
forcer la porte des chiottes. Trouille
que la porte cède sous les coups & que
le cadenas craque. Tremble. Sombre. Il
y a des furoncles qui me poussent dans
le corps depuis ce jour-là. Je chiale.
Juste là, je suis en train de chialer.


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{Révisions}

1 révision

M356 , version 2 (19 septembre 2015)

J’ai pris une décision. Je sais qui je
vais contacter. Il était ici à Morievo
avant moi après tout. Il est jeune, il
n’est pas psy, on s’est côtoyé pendant
nos études. Il avait l’air rigoureux à
l’époque. Peut-être qu’il pourra me co
Mais je ne peux pas aller le voir non.
Je suis officiellement en arrêt... Une
sale période à passer. Je vis allongé.
& je ne vais pas à l’hôpital, moi. Une
sale période... & le feldscher a voulu
m’ausculter tout à l’heure. Ce fils de
pute : je l’ai envoyé se faire foutre.
Bon : il faut que je me repose. Essayé
d’appeler Krasny, laissé un message...
L’hôpital de Krasny. Après avoir lâché
mon message vocal dans la machine, des
glaires dans une gorge, j’ai plongé en
sanglots. Un souvenir m’est revenu aux
yeux, le jour où je me suis enfui, les
chiottes de la gare de Moscou où je me
suis planté de la came volée en pleine
odeur de pisse. Putain ! Les voix sont
là, elles résonnent encore, on veut la
forcer la porte des chiottes. Trouille
que la porte cède sous les coups & que
le cadenas craque. Tremble. Sombre. Il
y a des furoncles qui me poussent dans
le corps depuis ce jour-là. Je chiale.
Juste là, je suis en train de chialer.



Blog de Poliakov au 11 février.


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Notes


Cf. Récits d’un jeune médecin, « Morphine » (Livre de Poche), P. 140-141.

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