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M41

44C

vendredi 7 novembre 2014, par Guillaume Vissac

Tu te bâilles la mâchoire. Sous le marteau &
l’enclume de la pluie sur la tôle tu marches
en équilibre sur ton ombre jusqu’au lit ocre
& froid. Tu retires, une par une, toutes les
couches acryliques qui te polluent le corps.
Tu es un fruit ou un légume blafard aux os &
aux ombres cagneux. Après tout ce qu’il faut
comme temps pour poser l’une de ses tempes à
la surface de l’oreiller & s’endormir, voilà
qu’apparaît un visage dans la brume. Bientôt
des yeux vont apparaître. C’est une gamine &
elle a 17 ans. Sa bouche est déformée : elle
est énorme. Elle se tient les mâchoires & sa
langue chaude & ses gencives. Elle s’appelle
Quelque-chose & elle a besoin qu’on lui tire
une dent de la bouche. C’est un cauchemar ce
visage, c’est un cauchemar cette fille. Sous
la brume du cauchemar le corps de Damian, le
feldscher, se matérialise à son tour. Il est
là, grave & muet, il traverse la pièce, avec
un petit plateau d’argent entre les mains, &
sur ce petit plateau-là on devine des pinces
& des tenailles étincelantes. Tu ris dans ta
gueule en sommeil ; tu ris, mais tu ne poses
pas de question... Une demi-heure plus tard,
quelqu’un te secoue l’os & l’épaule & chaque
centilitre de pouls qu’il te reste. Une fois
assis, après avoir plongé les mains dans les
obscurités voisines, tu t’ouvres le canal de
l’oreille pour la tendre, écouter. Quelqu’un
mitraille la porte, une porte, quelle porte,
une porte quelque part & ça n’est pas un son
de bonne augure. C’est inquiétant & grave...


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M41 , version 3 (8 novembre 2014)

Tu te bâilles la mâchoire. Sous le marteau &
l’enclume de la pluie sur la tôle tu marches
en équilibre sur ton ombre jusqu’au lit ocre
& froid. Tu retires, une par une, toutes les
couches acryliques qui te polluent le corps.
Tu es un fruit ou un légume blafard aux os &
aux ombres cagneux. Après tout ce qu’il faut
comme temps pour poser l’une de ses tempes à
la surface de l’oreiller & s’endormir, voilà
qu’apparaît un visage dans la brume. Bientôt
des les yeux vont apparaître. C’est une gamine &
elle a 17 ans. Sa bouche est déformée : elle
est énorme. Elle se tient les mâchoires & sa
langue chaude & ses gencives. Elle s’appelle
Quelque-chose & elle a besoin qu’on lui tire
une dent de la bouche. C’est un cauchemar ce
visage, c’est un cauchemar cette fille. Sous
la brume du cauchemar le corps de Damian, le
feldscher, se matérialise à son tour. Il est
là, grave muet & muet grave , il traverse la pièce, avec
un petit plateau d’argent entre les mains, &
sur ce petit plateau-là on devine des pinces
& des tenailles étincelantes. Tu ris dans ta
gueule en sommeil ; tu ris , mais tu ne poses
pas de question ... . Une demi-heure plus tard,
quelqu’un te secoue l’os & l’épaule & chaque
centilitre de pouls qu’il te reste. Une fois
assis, après avoir plongé les mains dans les
obscurités voisines, tu t’ouvres le canal de
l’oreille pour la tendre, écouter. Quelqu’un
mitraille la porte, une porte, quelle porte,
une porte quelque part & ça n’est pas un son
de bonne augure. C’est inquiétant & grave...

M41 , version 2 (7 novembre 2014)

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Tu te bâilles la mâchoire. Sous le marteau &
l’enclume de la pluie sur la tôle tu marches
en équilibre sur ton ombre jusqu’au lit ocre
& froid. Tu retires, une par à une, toutes les
chacune de tes
couches acryliques synthétiques qui te polluent pollue le corps.
Tu es un fruit ou un légume blafard aux os &
aux ombres cagneux. Après tout ce qu’il faut
comme temps pour poser l’une de ses tempes à
la surface de l’oreiller & s’endormir, voilà
qu’apparaît un visage dans la brume. Bientôt
les yeux vont apparaître. C’est une gamine &
elle a 17 ans. Sa bouche est déformée : elle
est énorme. Elle se tient les mâchoires & sa
langue chaude & ses gencives. Elle s’appelle
Quelque-chose & elle a besoin qu’on lui tire
une dent de la bouche. C’est un cauchemar ce
visage, c’est un cauchemar cette fille. Sous
la brume du cauchemar le corps de Damian, le
feldscher, se matérialise à son tour. Il est
là, muet & grave, il traverse la pièce, avec
un petit plateau d’argent entre les mains, &
sur ce petit plateau-là on devine des pinces
& des tenailles étincelantes. Tu ris dans ta
gueule en sommeil. Une demi-heure plus tard,
quelqu’un te secoue l’os & l’épaule & chaque
centilitre de pouls qu’il te reste. Une fois
assis, après avoir plongé les mains dans les
obscurités voisines, tu t’ouvres le canal de
l’oreille pour la tendre, écouter. Quelqu’un
mitraille la porte, une porte, quelle porte,
une porte quelque part & ça n’est pas un son
de bonne augure. C’est inquiétant & grave...

Le sommeil te submerge. Dormir. Le fantôme d’une gamine apparaît pour une dent. Quelque chose tambourine quelque part. C’est un son malfaisant.



Le sommeil te submerge. Dormir. Le fantôme d’une gamine apparaît pour une dent. Quelque chose tambourine quelque part. C’est un son malfaisant.


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Notes


Cf. Récits d’un jeune médecin (Livre de Poche), P. 23

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