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M45

44C

mardi 11 novembre 2014, par Guillaume Vissac

Tu demandes du courage. Tout doux, tout doux
(comme pour un poney). Tu mets les mains sur
& dans cette femme & c’est réel : Anna avait
raison, le diagnostique est ok, présentation
transversale. Merde. Et après ? Tu palpes le
ventre gonflé parce qu’il le faut. Le visage
de quelqu’un te regarde & comment savoir qui
avec le masque devant la bouche ? Ils ont le
regard fixe & grave, tous. Tu cherches comme
un signe d’approbation, quelque chose qui te
mette sur la voie. Tes gestes tremblent plus
ou moins mais tu sais bien le cacher. Il est
l’heure d’enfouir toutes ses inquiétudes, au
plus profond de soi-même les enfouir, car il
ne faut rien laisser paraître. Il est où ton
manuel d’obstétrique ? Mais ça ne sert pas à
grand chose de penser à ça. Il ne te servira
à rien, ton manuel. Tu te décapes les bras &
sous les ongles. Le drap synthétique fait de
la danse classique. Tu te penches vers cette
femme. Flash-back : un accouchement du temps
de tes études. Les lampes électriques jaunes
& brillantes. Le sol étincelant. Les outils,
les robinets & l’inox bien clair. Une prof &
un assistant, blouse blanche immaculée, sont
penchés sur la patiente &, autour d’eux, une
dizaine d’internes auxiliaires, un stagiaire
ou 2, des deuxième année blêmes. On s’y sent
bien, alors, dans ce flash-back. On s’y sent
en sécurité... Rien ne peut mal finir. Rien.


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{Révisions}
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Du courage. Le diagnostique est le bon : présentation transversale. Et après ? Enfouir ses inquiétudes. Se réfugier dans un flash-back.


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Notes


Cf. Récits d’un jeune médecin (Livre de Poche), P. 26-27

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