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M52

44C

mardi 18 novembre 2014, par Guillaume Vissac

Tu n’y comprends rien. Tu ne sais pas quelle
méthode employer. Tu ne sais plus quels sont
les mots qu’il faut former avec les lèvres &
la bouche & l’esprit : version indirecte, ou
directe, ou externe, ou combinée. Tu quittes
Google en nage. C’est un sauna sous ta peau.
Tu t’enfonces dans le cuir du fauteuil. Quoi
faire, quoi penser ? Quoi marteler dans tout
le marasme de ta tête froide ? Tes pensées &
tes songes s’évaporent & s’écoulent par tous
les pores de ton ombre. Tu jettes un oeil au
chiffre de l’heure. Putain... Cela fait déjà
12 minutes que tu es ici. & eux, là-bas, eux
qui t’attendent, eux qui sont contre la peau
qui a mal. ’Chaque heure de retard...’ Heure
ou minute, peu importe : les minutes sont en
sucre & le sucre fond vite. Tu éteins Google
avec le coude ou le talon ou le genou. Voilà
que tu te lèves soudainement pour repartir à
l’hôpital au trot. Tu traverses la nuit sans
une seule fois te voir dans les reflets fous
qui saccadent sous tes pas, dans les flaques
de l’eau noire qui macère & qui te croque la
carne & l’âme à chaque foulée. Ça résonne...


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{Révisions}

1 révision

M52 , version 2 (18 novembre 2014)

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Tu n’y comprends rien. Tu ne sais pas quelle
méthode employer. Tu ne sais plus quels sont
les mots qu’il faut former avec les lèvres &
la bouche & l’esprit : version indirecte, ou
directe, ou externe, ou combinée. Tu quittes
Google en nage. C’est un sauna sous ta peau.
Tu t’enfonces dans le cuir du fauteuil. Quoi
faire, quoi penser ? Quoi marteler dans tout
le marasme de ta tête froide ? Tes pensées &
tes songes s’évaporent & s’écoulent par tous
les pores de ton ombre. Tu jettes un oeil au
chiffre de l’heure. Putain... Cela fait déjà
12 minutes que tu es ici. & eux, là-bas, eux
qui t’attendent, eux qui sont contre la peau
qui a mal. ’Chaque « Chaque heure de retard...  » Heure
ou minute, peu importe : les minutes sont en
sucre & le sucre fond vite. Tu éteins Google
avec le coude ou le talon ou le genou. Voilà
que tu te lèves soudainement pour repartir à
l’hôpital au trot. Tu traverses la nuit sans
une seule fois te voir dans les reflets fous
qui saccadent sous tes pas, dans les flaques
de l’eau noire qui macère & qui te croque la
carne & l’âme à chaque foulée. Ça résonne...

Perdu, tu es perdu. Tu t’enfonces dans le cuir. Tu vois les heures qui fondent. Tu te relèves d’un coup & rejoins l’hôpital néanmoins.



Perdu, tu es perdu. Tu t’enfonces dans le cuir. Tu vois les heures qui fondent. Tu te relèves d’un coup & rejoins l’hôpital néanmoins.


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Notes


Cf. Récits d’un jeune médecin (Livre de Poche), P. 30

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