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M84

44C

samedi 20 décembre 2014, par Guillaume Vissac

Tu es terrifié. La mère dit, comment ça ? Il
faudrait ouvrir, tu dis, au bas de la gorge,
puis introduire un tube pour permettre à son
appareil respiratoire de respirer. Seulement
là, peut-être, nous pourrons la sauver. Elle
te regarde comme un malade mental (la mère),
elle te regarde & elle cherche avec la main,
n’importe laquelle, à récupérer sa fille. La
vieille parle toute seule dans son bourrelet
de lèvres. Tu te rends compte, elle dit, ils
veulent lui couper la gorge & la décapiter &
il ne faut pas que tu les laisses faire ça !
Tu lui ordonnes de dégager. Tu demandes à ce
qu’on prépare une anesthésie. La mère a peur
de tout, même de la seringue. Peut-être que,
elle dit, juste ça, ça va la guérir ? Elle a
la voix qui bave. Elle éclate en sanglots. À
la mère, tu lui enfonces tes 2 yeux en plein
dans le coeur. Tu lui dis de se taire. C’est
un ordre. Tu lui dis, vous avez 5 minutes en
tout pour réfléchir. Dans 5 minutes, si vous
n’êtes pas d’accord, c’est fini. La mère dit
qu’elle n’est pas d’accord. La grand-mère de
profil dit qu’elle n’est pas d’accord. C’est
fini. Soulagement. Tu balbuties des syllabes
qui te viennent plus ou moins dans l’ordre &
ça dit des choses comme ok comme vous voulez
ou quelque chose comme ça. C’est fini. Tu as
fait une proposition. Tu as joué ton rôle. &
fait ce qu’il fallait. Il ne reste plus qu’à
attendre, à présent, que la fille s’éteigne.


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{Révisions}

1 révision

M84 , version 2 (20 décembre 2014)

Tu es terrifié. La mère dit, comment ça ? Il
faudrait ouvrir, tu dis, au bas de la gorge,
puis introduire un tube pour permettre à son
appareil respiratoire de respirer. Seulement
là, peut-être, nous pourrons la sauver. Elle
te regarde comme un malade mental ( mentale , la mère),
,
elle te regarde & elle cherche avec la main,
n’importe laquelle, à récupérer sa fille. La
vieille parle toute seule dans son bourrelet
de lèvres. Tu te rends compte, elle dit, ils
veulent lui couper la gorge & la décapiter &
il ne faut pas que tu les laisses faire ça !
Tu lui ordonnes de dégager. Tu demandes à ce
qu’on prépare une anesthésie. La mère a peur
de tout, même de la seringue. Peut-être que,
elle dit, juste ça, ça va la guérir ? Elle a
la voix qui bave. Elle éclate en sanglots. À
la mère, tu lui enfonces tes 2 yeux en plein
dans le coeur. Tu lui dis de se taire. C’est
un ordre. Tu lui dis, vous avez 5 minutes en
tout pour réfléchir. Dans 5 minutes, si vous
n’êtes pas d’accord, c’est fini. La mère dit
qu’elle n’est pas d’accord. La grand-mère de
profil dit qu’elle n’est pas d’accord. C’est
fini. Soulagement. Tu balbuties des syllabes
qui te viennent plus ou moins dans l’ordre &
ça dit des choses comme ok comme vous voulez
ou quelque chose comme ça. C’est fini. Tu as
fait une proposition. Tu as joué ton rôle. &
fait fais ce qu’il fallait. Il ne reste plus qu’à
attendre, à présent, que la fille s’éteigne.



La terreur. On te regarde comme un fou. Tu expliques le principe d’une trachéotomie. C’est pire. Tu fixes un ultimatum aux 2 femmes. Elles refusent l’opération. Soulagement.


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Notes


Cf. Récits d’un jeune médecin, « Un gosier en acier » (Livre de Poche), P. 38

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