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M92

44C

dimanche 28 décembre 2014, par Guillaume Vissac

Très lentement tes doigts tâchent de séparer
les minces tissus. Des schémas dansent là où
tes yeux s’amenuisent. Alors, un jet de sang
noir, au bas de la plaie blanche, commence à
cracher sur la chair & va couler sur sa joue
blême. Le feldscher éponge, aspire le sang &
court après le pétrole noir mais le flux est
toujours aussi épais. Tentant maladroitement
de reproduire des gestes vus à l’université,
tu voudrais comprimer les lèvres de la plaie
avec des pinces, sans succès. Tu as froid. À
la place de ton front serpente une langue de
sueur glaciale. Tu regrettes amèrement avoir
fréquenté la faculté de médecine & puis être
tombé dans ce trou perdu ! Plein de honte ou
de désespoir, tu fourres ta pince au hasard,
quelque part contre la plaie moussue & tu la
relâches les yeux piquants. Le sang cesse de
couler instantanément. Vous épongez la plaie
comme vous pouvez, toi & le feldscher, & son
énigmatique gorge se révèle devant toi, bien
nette, mais sans trachée d’aucune sorte. Ton
incision ne ressemble à aucun schéma d’aucun
manuel, à aucune figure d’aucun cours étoilé
ou complexe. Quelques minutes s’écoulent. Tu
fouilles dans la plaie de manière absolument
mécanique la matière caoutchouteuse en quête
de la trachée. Parfois tu remues au scalpel,
parfois tu touilles avec la sonde. Le temps,
le temps électronique & dissolu, joue contre
toi. Tu te dis, c’est foutu. Tu te dis, mais
pourquoi j’ai fait tout ça ? Tu doutes. Tu a
les yeux malaxés & du pouls plein le visage.


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{Révisions}

1 révision

M92 , version 2 (28 décembre 2014)

Tu charcutes. Il n’y a pas de sang. Il y a du sang noir. Il faut clamper le sang. Au hasard tu y parviens. Tu cherches la trachée. Il n’y a pas de trachée. De la sueur s’abat sur ta carcasse.

Très lentement tes doigts tâchent de séparer
les minces tissus. Des schémas dansent là où
tes yeux s’amenuisent s’incrustent . Alors, un jet de sang
noir, au bas de la plaie blanche, commence à
cracher sur la chair & va couler sur sa joue
blême. Le feldscher éponge, aspire le sang &
court après le pétrole noir mais le flux est
toujours aussi épais. Tentant maladroitement
de reproduire des gestes vus à l’université,
tu voudrais souhaite comprimer les lèvres de la plaie
avec des pinces, sans succès. Tu as froid. À
la place de ton front serpente on a mis une langue source de
sueur glaciale. Tu regrettes amèrement avoir
fréquenté la faculté l’université de médecine & puis être
tombé d’avoir
échoué dans ce trou perdu ! . Plein de honte ou
de désespoir, tu fourres ta pince au hasard,
quelque part contre la plaie moussue & tu la
relâches les yeux piquants. Le sang cesse de
couler instantanément. Vous épongez la plaie
comme vous pouvez, toi & le feldscher, & son
énigmatique gorge se révèle devant toi, bien
nette, mais sans trachée d’aucune sorte. Ton
incision ne ressemble à aucun schéma d’aucun
manuel, à aucune figure d’aucun cours étoilé
ou complexe. Quelques minutes s’écoulent. Tu
fouilles dans la plaie de manière absolument
mécanique la matière caoutchouteuse en quête
de la trachée. Parfois tu remues au scalpel,
parfois tu touilles avec la sonde. Le temps,
le temps électronique & dissolu, joue contre
toi. Tu te dis, c’est foutu. Tu te dis, mais
pourquoi j’ai fait tout ça ? Tu doutes. Tu a
les yeux malaxés & du pouls plein le visage.



Tu charcutes. Il n’y a pas de sang. Il y a du sang noir. Il faut clamper le sang. Au hasard tu y parviens. Tu cherches la trachée. Il n’y a pas de trachée. De la sueur s’abat sur ta carcasse.


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Notes


Cf. Récits d’un jeune médecin, « Un gosier en acier » (Livre de Poche), P. 40-41

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