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MC4

dimanche 29 mai 2016, par Guillaume Vissac

L’étape du jour est partie depuis 2 heures
au moins. C’est un gong qui lance l’étape.
La Free Run™ a ses codes & c’est comme ça.
Le gongueur est un type du marketing & lié
à la production de la course. Mais toi, tu
ne vois rien de la course. Lui, il suit en
costard les leaders sur un quad aménagé. À
l’arrière du dernier gruppetto, assis dans
le baquet du médiquad, tu es au contact de
ce que la Run compte de plus fatigués & de
plus brisés physiquement par l’exigence de
cette épreuve postapocalyptique : courir &
courir des heures durant, chaque jour & 40
jours durant, un trek interminable. Skaj a
besoin d’un strap à la cheville : tu poses
le quad un moment sur le bord de la piste,
tu lui fais son strap. Röt s’est démis une
épaule, tu la lui bandes au corps pour que
de suite elle puisse reprendre, une foulée
déformée, désarticulée par la douleur & la
forme du corps reconduit. Tu remontes dans
ton quad & repars. D’autres corps courent,
des nuées de poussière les lient entre eux
& la sueur prend, les odeurs de sueur vont
monter. Où est la Khan ? Aux avant-postes,
sans doute. Tu pousses l’allure pour aller
fondre sur le groupe de tête. 8 coureurs &
coureuses dispersés. Chacun a dans sa mire
le corps du précédent. Quelqu’un hurle sur
ton talkie, signe qu’il faut redescendre &
s’occuper d’un squelette en sang. Il s’est
tordu la cheville & n’a pas pu retenir son
élan. D’épuisement il est allé percuter la
paroi rocheuse. C’est terminé pour lui. Il
verra la fin de la course à la télé. Tu as
pu lui murmurer 2 ou 3 mots, qu’il a eu de
la chance, qu’il aurait pu basculer, aller
se jeter dans le vide, là, de l’autre côté
de la piste, si l’angle de l’entorse avait
été tout autre, que c’est déjà arrivé dans
une précédente édition, etc. Il t’écoute &
il a son corps sur le cœur. Il bat à 100 à
l’heure. C’est le septième à chuter depuis
le début de l’étape, censée être, comme on
dit, de transition. Usmat - Bakhmal. Moins
de 40km. Il demande, qui est en tête, là ?
Cabron, a priori c’est Cabron. Ok... Tu ne
sais pas s’il est soulagé ou s’il vient de
perdre connaissance. Tu le charges sur ton
quad, inerte. Premier abandon du jour. Des
nuées de poussière vous suivent. Tu jettes
des mots dans ton talkie brûlant : il faut
donner le nom du runner, son code-barres &
son état médical... Verdict : rapatriement
au camp par hélicoptère. La production l’a
décidé. Tu préviens Souam, qui arpente les
pistes sur un autre quad. Le gongueur dans
ton casque : LA KHAN A ATTAQUÉ CABRON DANS
LE PLATEAU DE SART’YUZY ! LA KHAN A ATTAQU
É CABRON DANS LE PLATEAU DE SART’YUZY ! Tu
es en train de rater ça. Tu accélères pour
t’extraire des lents qui gèrent l’effort &
leur corps comme ils peuvent. Il faudra de
toute évidence que tu t’excentres beaucoup
de la piste pour trouver une zone dégagée,
là-bas, sur le plateau, favorable à ce que
l’hélicoptère approche... Son ombre est là
qui perce la poussière de temps à autre ou
qui couvre le corps des runners en grappe,
le temps d’une fine ascension. Là-bas, les
pâles de l’hélicoptère bruissent. Tu as vu
un espace dégagé, pas trop caillouteux. Tu
iras arrêter le quad là-bas & attendre que
le pilote te donne le feu vert. Tu parles,
tu dis des trucs en langue intermédiaire à
l’attention du runner sonné, peut-être que
sa tête est meurtrie, il ne répondra rien.
Tu allumes un fumigène pour que le pilote,
même gêné par la poussière, parvienne à te
repérer. Le fumigène est rouge comme sang.


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{Révisions}

1 révision

MC4 , version 2 (29 mai 2016)

Tu suis l’étape du jour sur ton quad médical. Usmat - Bakhmal. Quelques bobos. Un blessé d’épuisement. Abandon. Tu l’emmènes à l’écart là où l’hélico pourra le récupérer.

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L’étape du jour est partie depuis 2 heures
au moins. C’est un gong qui lance l’étape.
La Free Run™ a ses codes & c’est comme ça.
Le gongueur est un type du marketing & lié
à la production de la course. Mais toi, tu
ne vois rien de la course. Lui, il suit en
costard les leaders sur un quad aménagé. À
l’arrière du dernier gruppetto, assis dans
le baquet du médiquad, tu es au contact de
ce que la Run compte de plus fatigués & de
plus brisés physiquement par l’exigence de
cette épreuve postapocalyptique : courir &
courir des heures durant, chaque jour & 40
jours durant, un trek interminable. Skaj a
besoin d’un strap à la cheville : tu poses
le quad un moment sur le bord de la piste,
tu lui fais son strap. Röt s’est démis une
épaule, tu la lui bandes au corps pour que
de suite elle puisse reprendre, une foulée
déformée, désarticulée par la douleur & la
forme du corps reconduit. Tu remontes dans
ton quad & repars. D’autres corps courent,
des nuées de poussière les lient entre eux
& la sueur prend monte , les odeurs de sueur vont
monter. Où est la Khan ? Aux avant-postes,
sans doute. Tu pousses l’allure pour aller
fondre sur le groupe de tête. 8 coureurs &
coureuses dispersés. Chacun a dans sa mire
le corps du précédent. Quelqu’un hurle sur
ton talkie, signe qu’il faut redescendre &
s’occuper d’un squelette en sang. Il s’est
tordu la cheville & n’a pas pu retenir son
élan. D’épuisement il est allé percuter la
paroi rocheuse. C’est terminé pour lui. Il
verra la fin de la course à la télé. Tu as
pu lui murmurer 2 ou 3 mots, qu’il a eu de
la chance, qu’il aurait pu basculer, aller
se jeter dans le vide, là, de l’autre côté
de la piste, si l’angle de l’entorse avait
été tout autre, que c’est déjà arrivé dans
une précédente édition, etc. Il t’écoute &
il a son corps sur le cœur. Il bat à 100 à
l’heure. C’est le septième à chuter depuis
le début de l’étape, censée être, comme on
dit, de transition. Usmat - Bakhmal. Moins
de 40km. Il demande, qui est en tête, là ?
Cabron, a priori c’est Cabron. Ok... Tu ne
sais pas s’il est soulagé ou s’il vient de
perdre connaissance. Tu le charges sur ton
quad, inerte. Premier abandon du jour. Des
nuées de poussière vous suivent. Tu jettes
des mots dans ton talkie brûlant : il faut
donner le nom du runner, son code-barres &
son état médical... Verdict : rapatriement
au camp par hélicoptère. La production l’a
décidé. Tu préviens Souam, qui arpente les
pistes sur un autre quad. Le gongueur dans
ton casque : LA KHAN A ATTAQUÉ CABRON DANS
LE PLATEAU DE SART’YUZY ! LA KHAN A ATTAQU
É CABRON DANS LE PLATEAU DE SART’YUZY ! Tu
es en train de rater ça. Tu accélères pour
t’extraire des lents qui gèrent l’effort &
leur corps comme ils peuvent. Il faudra de
toute évidence que tu t’excentres beaucoup
de la piste pour trouver une zone dégagée,
là-bas, sur le plateau, favorable à ce que
l’hélicoptère approche... Son ombre est là
qui perce la poussière de temps à autre ou
qui couvre recouvre le corps des runners en grappe,
le temps d’une fine ascensionpénible . Là-bas, les
pâles de l’hélicoptère bruissent. Tu as vu
un espace dégagé, pas trop caillouteux. Tu
iras arrêter le quad là-bas & attendre que
le pilote te donne le feu vert. Tu parles,
tu dis des trucs en langue intermédiaire à
l’attention du runner sonné, peut-être que
sa tête est meurtrie, il ne répondra rien.
Tu allumes un fumigène pour que le pilote,
même gêné par la poussière, parvienne à te
repérer. Le fumigène est rouge comme sang.



Tu suis l’étape du jour sur ton quad médical. Usmat - Bakhmal. Quelques bobos. Un blessé d’épuisement. Abandon. Tu l’emmènes à l’écart là où l’hélico pourra le récupérer.


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Notes


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