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M4

44C

mercredi 1er octobre 2014, par Guillaume Vissac

La prochaine fois, tu enfileras des fringues
thermochauffantes. Tu soulèves ta valise, ta
main est contractée, brutale, sur la poignée
télescopique. Oui mais la prochaine fois, la
prochaine fois c’est pas des fringues thermo
qu’il te faudra, c’est du feu & des viscères
car ce sera l’octobre. Imagine. Pas question
de retourner à Gratchevka avant un mois. Car
bon : il a fallu vous arrêter durant la nuit
liquide, un tombeau, la nuit, dormir quelque
part, Grabilovka ou quelque chose, quelqu’un
vous a hébergés tous les 2, c’était un prof,
peut-être que c’était la carcasse du taxi en
réalité, la carcasse & l’haleine du taxi, le
matin ensuite à nouveau sur les routes, fils
de pute, plus lentement qu’à pied, de l’eau,
de la glace à la gorge à faire comme si vous
êtes la putain d’horde du contrevent puis la
bagnole tape le par terre, ça te balance sur
la vitre & ça te balance sur le pare-brise à
l’arrière, puis le nez, puis l’arcade & puis
la nuque aussi, & le froid ça t’a glacé pire
que les os : la sueur, & en plein septembre,
voilà, on peut geler au milieu de nulle part
comme on gèle en enfer car, oui, la preuve :
on peut. Pendant que tu meures ainsi de mort
lente, tu ne vois plus qu’une seule chose du
plus profond de ton regard séché, une seule.
La dune fouettée des champs, la blanche, les
oscillations de la crache & du vent, car oui
cette chose elle porte plusieurs noms. Cette
chose, des silhouettes entières, des masures
de grises mines & des morceaux de cornes s’y
blottissent. Mais pas âme. Pas de corps. Pas
de folie. Le silence. Juste ça le silence...


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{Révisions}

3 révisions

M4 , version 4 (4 octobre 2014)

Souvenirs de la nuit passée. Périple à travers la neige. Le silence.

M4 , version 3 (4 octobre 2014)

M4 RJ4

M4 , version 2 (1er octobre 2014)

La prochaine fois, tu enfileras des fringues
thermochauffantes thermostatiques . Tu soulèves ta valise, ta
main est contractée avec
tes 2 mains contractées , brutale brutalement , sur par la poignée
télescopique. Oui, mais la prochaine
fois...
La prochaine fois ! Oui mais la prochaine fois , la
prochaine fois c’est Ce n’est pas des fringues thermo
thermostatiques qu’il te faudra, c’est du feu des fringues thermostatiques & des viscères
,
car ce sera l’octobre. Imagine Alors
imagine . Pas question
de retourner Tu n’iras pas , non tu
n’iras pas à Gratchevka avant un mois.
Car
bon : il a fallu vous arrêter durant la nuit
liquide, un tombeau, la nuit, dormir quelque
part, Grabilovka ou quelque chose, quelqu’un
vous a hébergés tous les 2, c’était un prof,
peut-être que c’était la carcasse du taxi en
réalité, la carcasse & l’haleine du taxi, le
matin ensuite à nouveau sur les routes, fils
de pute, plus lentement qu’à pied, de l’eau,
de la glace à la gorge à faire comme si vous
êtes la putain d’horde du contrevent puis la
bagnole tape le par terre, ça te balance sur
la vitre & ça te balance sur le pare-brise à
l’arrière, puis le nez, puis l’arcade & puis
la nuque aussi, & le froid ça t’a glacé pire
que les os : la sueur, & en plein septembre,
voilà, on peut geler au milieu de nulle part
comme on gèle en enfer car, oui, la preuve :
on peut.
Pendant que tu meures ainsi de mort
lente, tu ne vois plus qu’une seule chose du
plus profond de ton regard séché, une seule.
La dune fouettée des champs, la blanche, les
oscillations de la crache & du vent, car oui
cette chose elle porte plusieurs noms.
Cette
chose, des silhouettes entières, des masures
de grises mines & des morceaux de cornes s’y
blottissent.
Mais pas âme. Pas de corps. Pas
de folie.
Le silence. Juste ça le silence...Une nuit, dormir dans la carcasse &
l’haleine du taxi.
Rouler 40 bornes ou, non,
pas dans le



Souvenirs de la nuit passée. Périple à travers la neige. Le silence.


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Notes


Cf. Récits d’un jeune médecin (Livre de Poche), P. 9

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