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RT1

53c

mardi 3 décembre 2013, par Guillaume Vissac

C’est dans tes yeux. Le déjà-vu perpétuel. Perpétuel.
Ils te passent une chanson qui murmure en refrain les
mots : drone of the drive, drone of the drive combien
de fois. Et combien de fois as-tu toi-même vu ce film
(ou ces films) au cours duquel (ou desquels) le héros
doit traverser l’Amérique encore saine accompagné des
compagnons de circonstance que lui aura donnés la vie
dans le but de se rendre à l’enterrement de son père,
père qu’il n’a bien sûr pas réellement connu, ou avec
qui il était en conflit, & s’il se rend au cimetière,
après avoir préalablement traversé un pays en entier,
c’est pour obéir à un impératif qui le dépasse, comme
toujours dans ces situations-là, mais après tout s’il
existe un jour particulier dans la vie d’un homme qui
qu’il soit pour accorder son pardon à son père, c’est
bien à son chevet, la peau plastifiée par l’alchimie,
l’expertise & le maquillage postmortem, littéralement
comme on dit sur son lit de mort, n’est-ce pas ? Oui,
tu en es persuadé. Car dans ces films que tu passes &
repasses en mémoire projetée sur la voute de ta boite
crânienne, le héros finit toujours par se découvrir à
l’occasion de ce voyage, car cette histoire n’est pas
celle d’un fils venu payer ses respects au chevet des
rides lubrifiées de son géniteur, c’est une histoire,
avant toute autre considération, intérieure, c’est un
voyage de soi-même vers soi-même, une invraisemblable
quête spirituelle conduisant le héros à porter sur lu

Merde. Ça a sauté. Tu veux savoir : c’est quoi le nom
de cette chanson ? - Quelle chanson ? - Celle-là, the
drone of the drive, the drone of the drive, celle qui
tourne en boucle encore & encore. Les types autour de
toi rigolent. Tu es assis sur la banquette arrière, à
droite derrière le passager. Le conducteur a des yeux
noirs. Le type à ta gauche porte une muselière (elles
sont en cuir ces muselières humaines), son rire passe
à travers les lanières. Celle à la place du mort sent
l’asperge. Eh ! C’est pas un type ! C’est une fille !
— T’es une fille ? T’es une fille ? Ça rigole de plus
belle. - La radio est éteinte, dit l’asperge. - Ouais
c’est éteint, dit la muselière. Le conducteur rigole.
— Où est-ce qu’on est putain ? Rebelote ! Merde : ils
sont tous défoncés. La voiture sent comme sentent les
gamins de 10 ans ou 11 ans qui passent trop de temps,
beaucoup trop de temps, à l’intérieur de chez eux, où
les pièces ne sont pas aérées, là où l’odeur amère de
la cuisine maternelle s’imprègne dans chaque fibre de
chaque vêtement porté 8 ou 9 jours de suite, ceux qui
te fixent avec leurs globuleux dans les transports en
commun, ceux qui plantent leurs pouces ou leurs index
sur la carte du réseau ferroviaire pour relier 8 fois
de suite leur station de départ à la gare d’arrivée !
Merde, ce que tu peux détester ces saletés de mômes à
l’odeur circonspecte quand ils te dévisagent l’air de
dire que c’est toi qui a un problème quelque part, ça
oui, toi & pas eux, quelle connerie ! Ces mômes puent
& c’est infect voilà, & voilà ce que tu as donc envie
de leur hurler à ces mômes fétides : C’EST TA COUENNE
QUI M’ENGRAISSE QUI ME MÂCHE MERDE-TOI MERDE-TOI FILS

C’est dans tes yeux. Ça a sauté. Les autres gars sont
là à te regarder. Ça tourne autour & à l’intérieur de
toi. - Je crois que je vais gerber. Rebelote. Ouais :
défoncés les mecs... La route bourdonne & le bas côté
juste là, à ta droite, de l’autre côté de la vitre :
tout est stroboscopique ! - Je suis défoncé aussi...
Rebelote. Toujours est-il que la voiture a une odeur
piquée dans la mousse de ses sièges, voilà où ça t’a
expédié : loin dans le passé ou l’avenir, tu ne sais
pas encore. - On va où ? Le chauffeur te répond dans
son rétroviseur. - À Novgorod. Tu rigoles. Tout seul
tu rigoles. - Y a quoi à Novgorod ? - Il a claqué le
vieux. - Quel vieux ? Il fume le conducteur. Il fume
pendant qu’il te parle. Elle sort d’où la fumée ? La
fumée sort de sous la muselière. La bouche en cul de
poule dans le rétroviseur te parle. - Le père, voilà
qui il est. Rebelote : tu es seul à rire, chacun son
tour putain. - Le père de qui ? - T’es une merde, te
dit l’asperge, c’est notre père à tout le monde fils
de pute, alors maintenant débande & redescends, ok ?

Mais merde, tu penses : c’est qui ces gens ? & c’est
qui ce vieux ? & toi, t’es qui ? Putain de bordel de
merde ? T’es qui ? Tu te regardes dans le reflet des
choses vues dans la vitre. T’es personne. T’es nulle
part... T’es niqué ! T’es tout stroboscopique aussi.


 -  >
{Révisions}

5 révisions

RT1 , version 6 (27 avril 2014)

test chapo

test ps

RT1 , version 5 (29 mars 2014)

C’est dans tes yeux. Le déjà-vu perpétuel. Perpétuel.
Ils te passent une chanson qui murmure en refrain les
mots : drone of the drive, drone of the drive combien
de fois. Et combien de fois as-tu toi-même vu ce film
(ou ces films) au cours duquel (ou desquels) le héros
doit traverser l’Amérique encore saine accompagné des
compagnons de circonstance que lui aura donnés la vie
dans le but de se rendre à l’enterrement de son père,
père qu’il n’a bien sûr pas réellement connu, ou avec
qui il était en conflit, & s’il se rend au cimetière,
après avoir préalablement traversé un pays en entier,
c’est pour obéir à un impératif qui le dépasse, comme
toujours dans ces situations-là, mais après tout s’il
existe un jour particulier dans la vie d’un homme qui
qu’il soit pour accorder son pardon à son père, c’est
bien à son chevet, la peau plastifiée par l’alchimie,
l’expertise & le maquillage postmortem, littéralement
comme on dit sur sur son lit de mort, , n’est-ce pas ? Oui,
tu en es persuadé. Car dans ces films que tu passes &
repasses en mémoire projetée sur la voute de ta boite
crânienne, le héros finit toujours par se découvrir à
l’occasion de ce voyage, car cette histoire n’est pas
celle d’un fils venu payer ses respects au chevet des
rides lubrifiées de son géniteur, c’est une histoire,
avant toute autre considération, intérieure, c’est un
voyage de soi-même vers soi-même, une invraisemblable
quête spirituelle conduisant le héros à porter sur lu

Merde. Ça a sauté. Tu veux savoir : c’est quoi le nom
de cette chanson ? - Quelle chanson ? - Celle-là, the
drone of the drive, the drone of the drive, celle qui
tourne en boucle encore & encore. Les types autour de
toi rigolent. Tu es assis sur la banquette arrière, à
droite derrière le passager. Le conducteur a des yeux
noirs. Le type à ta gauche porte une muselière (elles
sont en cuir ces muselières humaines), son rire passe
à travers les lanières. Celle à la place du mort sent
l’asperge. Eh ! C’est pas un type ! C’est une fille !
— T’es une fille ? T’es une fille ? Ça rigole de plus
belle. - La radio est éteinte, dit l’asperge. - Ouais
c’est éteint, dit la muselière. Le conducteur rigole.
Où est-ce qu’on est putain ? Rebelote ! Merde : ils
sont tous défoncés. La voiture sent comme sentent les
gamins de 10 ans ou 11 ans qui passent trop de temps,
beaucoup trop de temps, à l’intérieur de chez eux, où
les pièces ne sont pas aérées, là où l’odeur amère de
la cuisine maternelle s’imprègne dans chaque fibre de
chaque vêtement porté 8 ou 9 jours de suite, ceux qui
te fixent avec leurs globuleux dans les transports en
commun, ceux qui plantent leurs pouces ou leurs index
sur la carte du réseau ferroviaire pour relier 8 fois
de suite leur station de départ à la gare d’arrivée !
Merde, ce que tu peux détester ces saletés de mômes à
l’odeur circonspecte quand ils te dévisagent l’air de
dire que c’est toi qui a un problème quelque part, ça
oui, toi & pas eux, quelle connerie ! Ces mômes puent
& c’est infect voilà, & voilà ce que tu as donc envie
de leur hurler à ces mômes fétides : C’EST TA COUENNE
QUI M’ENGRAISSE QUI ME MÂCHE MERDE-TOI MERDE-TOI FILS

C’est dans tes yeux. Ça a sauté. Les autres gars sont
là à te regarder. Ça tourne autour & à l’intérieur de
toi. - Je crois que je vais gerber. Rebelote. Ouais :
défoncés les mecs... La route bourdonne & le bas côté
juste là, à ta droite, de l’autre côté de la vitre :
tout est stroboscopique ! - Je suis défoncé aussi...
Rebelote. Toujours est-il que la voiture a une odeur
piquée dans la mousse de ses sièges, voilà où ça t’a
expédié : loin dans le passé ou l’avenir, tu ne sais
pas encore. - On va où ? Le chauffeur te répond dans
son rétroviseur. - À Novgorod. Tu rigoles. Tout seul
tu rigoles. - Y a quoi à Novgorod ? - Il a claqué le
vieux. - Quel vieux ? Il fume le conducteur. Il fume
pendant qu’il te parle. Elle sort d’où la fumée ? La
fumée sort de sous la muselière. La bouche en cul de
poule dans le rétroviseur te parle. - Le père, voilà
qui il est. Rebelote : tu es seul à rire, chacun son
tour putain. - Le père de qui ? - T’es une merde, te
dit l’asperge, c’est notre père à tout le monde fils
de pute, alors maintenant débande & redescends, ok ?

Mais merde, tu penses : c’est qui ces gens ? & c’est
qui ce vieux ? & toi, t’es qui ? Putain de bordel de
merde ? T’es qui ? Tu te regardes dans le reflet des
choses vues dans la vitre. T’es personne. T’es nulle
part... T’es niqué ! T’es tout stroboscopique aussi.

RT1 , version 4 (29 mars 2014)

53c

C’est dans tes yeux. Le déjà-vu perpétuel. Perpétuel.
Ils te passent une chanson qui murmure en refrain les
mots : drone drone of the drive, drone of the drive drive combien
de fois. Et combien de fois as-tu toi-même vu ce film
(ou ces films) au cours duquel (ou desquels) le héros
doit traverser l’Amérique encore saine accompagné des
compagnons de circonstance que lui aura donnés la vie
dans le but de se rendre à l’enterrement de son père,
père qu’il n’a bien sûr pas réellement connu, ou avec
qui il était en conflit, & s’il se rend au cimetière,
après avoir préalablement traversé un pays en entier,
c’est pour obéir à un impératif qui le dépasse, comme
toujours dans ces situations-là, mais après tout s’il
existe un jour particulier dans la vie d’un homme qui
qu’il soit pour accorder son pardon à son père, c’est
bien à son chevet, la peau plastifiée par l’alchimie,
l’expertise & le maquillage postmortem, littéralement
comme on dit sur son lit de mort, n’est-ce pas ? Oui,
tu en es persuadé. Car dans ces films que tu passes &
repasses en mémoire projetée sur la voute de ta boite
crânienne, le héros finit toujours par se découvrir à
l’occasion de ce voyage, car cette histoire n’est pas
celle d’un fils venu payer ses respects au chevet des
rides lubrifiées de son géniteur, c’est une histoire,
avant toute autre considération, intérieure, c’est un
voyage de soi-même vers soi-même, une invraisemblable
quête spirituelle conduisant le héros à porter sur lu

Merde. Ça a sauté. Tu veux savoir : c’est quoi le nom
de cette chanson ? - Quelle chanson ? - Celle-là, the
drone of the drive, the drone of the drive, celle qui
tourne en boucle encore & encore. Les types autour de
toi rigolent. Tu es assis sur la banquette arrière, à
droite derrière le passager. Le conducteur a des yeux
noirs. Le type à ta gauche porte une muselière (elles
sont en cuir ces muselières humaines), son rire passe
à travers les lanières. Celle à la place du mort sent
l’asperge. Eh ! C’est pas un type ! C’est une fille !
— T’es une fille ? T’es une fille ? Ça rigole de plus
belle. - La radio est éteinte, dit l’asperge. - Ouais
c’est éteint, dit la muselière. Le conducteur rigole.
Où est-ce qu’on est putain ? Rebelote ! Merde : ils
sont tous défoncés. La voiture sent comme sentent les
gamins de 10 ans ou 11 ans qui passent trop de temps,
beaucoup trop de temps, à l’intérieur de chez eux, où
les pièces ne sont pas aérées, là où l’odeur amère de
la cuisine maternelle s’imprègne dans chaque fibre de
chaque vêtement porté 8 ou 9 jours de suite, ceux qui
te fixent avec leurs globuleux dans les transports en
commun, ceux qui plantent leurs pouces ou leurs index
sur la carte du réseau ferroviaire pour relier 8 fois
de suite leur station de départ à la gare d’arrivée !
Merde, ce que tu peux détester ces saletés de mômes à
l’odeur circonspecte quand ils te dévisagent l’air de
dire que c’est toi qui a un problème quelque part, ça
oui, toi & pas eux, quelle connerie ! Ces mômes puent
& c’est infect voilà, & voilà ce que tu as donc envie
de leur hurler à ces mômes fétides : C’EST TA COUENNE
QUI M’ENGRAISSE QUI ME MÂCHE MERDE-TOI MERDE-TOI FILS

C’est dans tes yeux. Ça a sauté. Les autres gars sont
là à te regarder. Ça tourne autour & à l’intérieur de
toi. - Je crois que je vais gerber. Rebelote. Ouais :
défoncés les mecs... La route bourdonne & le bas côté
juste là, à ta droite, de l’autre côté de la vitre :
tout est stroboscopique ! - Je suis défoncé aussi...
Rebelote. Toujours est-il que la voiture a une odeur
piquée dans la mousse de ses sièges, voilà où ça t’a
expédié : loin dans le passé ou l’avenir, tu ne sais
pas encore. - On va où ? Le chauffeur te répond dans
son rétroviseur. - À Novgorod. Tu rigoles. Tout seul
tu rigoles. - Y a quoi à Novgorod ? - Il a claqué le
vieux. - Quel vieux ? Il fume le conducteur. Il fume
pendant qu’il te parle. Elle sort d’où la fumée ? La
fumée sort de sous la muselière. La bouche en cul de
poule dans le rétroviseur te parle. - Le père, voilà
qui il est. Rebelote : tu es seul à rire, chacun son
tour putain. - Le père de qui ? - T’es une merde, te
dit l’asperge, c’est notre père à tout le monde fils
de pute, alors maintenant débande & redescends, ok ?

Mais merde, tu penses : c’est qui ces gens ? & c’est
qui ce vieux ? & toi, t’es qui ? Putain de bordel de
merde ? T’es qui ? Tu te regardes dans le reflet des
choses vues dans la vitre. T’es personne. T’es nulle
part... T’es niqué ! T’es tout stroboscopique aussi.

RT1 , version 3 (23 mars 2014)

C’est dans tes yeux. Le déjà-vu perpétuel. Perpétuel.
Ils te passent une chanson qui murmure en refrain les
mots : drone of the drive, drone of the drive combien
de fois. Et combien de fois as-tu toi-même vu ce film
(ou ces films) au cours duquel (ou desquels) le héros
doit traverser l’Amérique encore saine accompagné des
compagnons de circonstance que lui aura donnés la vie
dans le but de se rendre à l’enterrement de son père,
père qu’il n’a bien sûr pas réellement connu, ou avec
qui il était en conflit, & s’il se rend au cimetière,
après avoir préalablement traversé un pays en entier,
c’est pour obéir à un impératif qui le dépasse, comme
toujours dans ces situations-là, mais après tout s’il
existe un jour particulier dans la vie d’un homme qui
qu’il soit pour accorder son pardon à son père, c’est
bien à son chevet, la peau plastifiée par l’alchimie,
l’expertise & le maquillage postmortem, littéralement
comme on dit sur son lit de mort, n’est-ce pas ? Oui,
tu en es persuadé. Car dans ces films que tu passes &
repasses en mémoire projetée sur la voute de ta boite
crânienne, le héros finit toujours par se découvrir à
l’occasion de ce voyage, car cette histoire n’est pas
celle d’un fils venu payer ses respects au chevet des
rides lubrifiées de son géniteur, c’est une histoire,
avant toute autre considération, intérieure, c’est un
voyage de soi-même vers soi-même, une invraisemblable
quête spirituelle conduisant le héros à porter sur lu

Merde. Ça a sauté. Tu veux savoir : c’est quoi le nom
de cette chanson ? - Quelle chanson ? - Celle-là, the
drone of the drive, the drone of the drive, celle qui
tourne en boucle encore & encore. Les types autour de
toi rigolent. Tu es assis sur la banquette arrière, à
droite derrière le passager. Le conducteur a des yeux
noirs. Le type à ta gauche porte une muselière (elles
sont en cuir ces muselières humaines), son rire passe
à travers les lanières. Celle à la place du mort sent
l’asperge. Eh ! C’est pas un type ! C’est une fille !
T’es une fille ? T’es une fille ? Ça rigole de plus
belle. - La radio est éteinte, dit l’asperge. - Ouais
c’est éteint, dit la muselière. Le conducteur rigole.
Où est-ce qu’on est putain ? Rebelote ! Merde : ils
sont tous défoncés. La voiture sent comme sentent les
gamins de 10 ans ou 11 ans qui passent trop de temps,
beaucoup trop de temps, à l’intérieur de chez eux, où
les pièces ne sont pas aérées, là où l’odeur amère de
la cuisine maternelle s’imprègne dans chaque fibre de
chaque vêtement porté 8 ou 9 jours de suite, ceux qui
te fixent avec leurs globuleux dans les transports en
commun, ceux qui plantent leurs pouces ou leurs index
sur la carte du réseau ferroviaire pour relier 8 fois
de suite leur station de départ à la gare d’arrivée !
Merde, ce que tu peux détester ces saletés de mômes à
l’odeur circonspecte quand ils te dévisagent l’air de
dire que c’est toi qui a un problème quelque part, ça
oui, toi & pas eux, quelle connerie ! Ces mômes puent
& c’est infect voilà, & voilà ce que tu as donc envie
de leur hurler à ces mômes fétides : C’EST TA COUENNE
QUI M’ENGRAISSE QUI ME MÂCHE MERDE-TOI MERDE-TOI FILS

C’est dans tes yeux. Ça a sauté. Les autres gars sont
là à te regarder. Ça tourne autour & à l’intérieur de
toi. - Je crois que je vais gerber. Rebelote. Ouais :
défoncés les mecs... La route bourdonne & le bas côté
juste là, à ta droite, de l’autre côté de la vitre :
tout est stroboscopique ! - Je suis défoncé aussi...
Rebelote. Toujours est-il que la voiture a une odeur
piquée dans la mousse de ses sièges, voilà où ça t’a
expédié : loin dans le passé ou l’avenir, tu ne sais
pas encore. - On va où ? Le chauffeur te répond dans
son rétroviseur. - À Novgorod. Tu rigoles. Tout seul
tu rigoles. - Y a quoi à Novgorod ? - Il a claqué le
vieux. - Quel vieux ? Il fume le conducteur. Il fume
pendant qu’il te parle. Elle sort d’où la fumée ? La
fumée sort de sous la muselière. La bouche en cul de
poule dans le rétroviseur te parle. - Le père, voilà
qui il est. Rebelote : tu es seul à rire, chacun son
tour putain. - Le père de qui ? - T’es une merde, te
dit l’asperge, c’est notre père à tout le monde fils
de pute, alors maintenant débande & redescends, ok ?

Mais merde, tu penses : c’est qui ces gens ? & c’est
qui ce vieux ? & toi, t’es qui ? Putain de bordel de
merde ? T’es qui ? Tu te regardes dans le reflet des
choses vues dans la vitre. T’es personne. T’es nulle
part... T’es niqué ! T’es tout stroboscopique aussi.

RT1 , version 2 (23 mars 2014)

C’est dans tes yeux. Le déjà-vu perpétuel. Perpétuel.
Ils te passent une chanson qui murmure en refrain les
mots : drone of the drive, drone of the drive combien
de fois. Et combien de fois as-tu toi-même vu ce film
(ou ces films) au cours duquel (ou desquels) le héros
doit traverser l’Amérique encore saine accompagné des
compagnons de circonstance que lui aura donnés la vie
dans le but de se rendre à l’enterrement de son père,
père qu’il n’a bien sûr pas réellement connu, ou avec
qui il était en conflit, & s’il se rend au cimetière,
après avoir préalablement traversé un pays en entier,
c’est pour obéir à un impératif qui le dépasse, comme
toujours dans ces situations-là, mais après tout s’il
existe un jour particulier dans la vie d’un homme qui
qu’il soit pour accorder son pardon à son père, c’est
bien à son chevet, la peau plastifiée par l’alchimie,
l’expertise & le maquillage postmortem, littéralement
comme on dit sur son lit de mort, n’est-ce pas ? Oui,
tu en es persuadé. Car dans ces films que tu passes &
repasses en mémoire projetée sur la voute de ta boite
crânienne, le héros finit toujours par se découvrir à
l’occasion de ce voyage, car cette histoire n’est pas
celle d’un fils venu payer ses respects au chevet des
rides lubrifiées de son géniteur, c’est une histoire,
avant toute autre considération, intérieure, c’est un
voyage de soi-même vers soi-même, une invraisemblable
quête spirituelle conduisant le héros à porter sur lu

Merde. Ça a sauté. Tu veux savoir : c’est quoi le nom
de cette chanson ? - Quelle chanson ? - Celle-là, the
drone of the drive, the drone of the drive, celle qui
tourne en boucle encore & encore. Les types autour de
toi rigolent. Tu es assis sur la banquette arrière, à
droite derrière le passager. Le conducteur a des yeux
noirs. Le type à ta gauche porte une muselière (elles
sont en cuir ces muselières humaines), son rire passe
à travers les lanières. Celle à la place du mort sent
l’asperge. Eh ! C’est pas un type ! C’est une fille !
T’es une fille ? T’es une fille ? Ça rigole de plus
belle. - La radio est éteinte, dit l’asperge. - Ouais
c’est éteint, dit la muselière. Le conducteur rigole.
Où est-ce qu’on est putain ? Rebelote ! Merde : ils
sont tous défoncés. La voiture sent comme sentent les
gamins de 10 ans ou 11 ans qui passent trop de temps,
beaucoup trop de temps, à l’intérieur de chez eux, où
les pièces ne sont pas aérées, là où l’odeur amère de
la cuisine maternelle s’imprègne dans chaque fibre de
chaque vêtement porté 8 ou 9 jours de suite, ceux qui
te fixent avec leurs globuleux dans les transports en
commun, ceux qui plantent leurs pouces ou leurs index
sur la carte du réseau ferroviaire pour relier 8 fois
de suite leur station de départ à la gare d’arrivée !
Merde, ce que tu peux détester ces saletés de mômes à
l’odeur circonspecte quand ils te dévisagent l’air de
dire que c’est toi qui a un problème quelque part, ça
oui, toi & pas eux, quelle connerie ! Ces mômes puent
& c’est infect voilà, & voilà ce que tu as donc envie
de leur hurler à ces mômes fétides : C’EST TA COUENNE
QUI M’ENGRAISSE QUI ME MÂCHE MERDE-TOI MERDE-TOI FILS

C’est dans tes yeux. Ça a sauté. Les autres gars sont
là à te regarder. Ça tourne autour & à l’intérieur de
toi. - Je crois que je vais gerber. Rebelote. Ouais :
défoncés les mecs... La route bourdonne & le bas côté
juste là, à ta droite, de l’autre côté de la vitre :
tout est stroboscopique ! - Je suis défoncé aussi...
Rebelote. Toujours est-il que la voiture a une odeur
piquée dans la mousse de ses sièges, voilà où ça t’a
expédié : loin dans le passé ou l’avenir, tu ne sais
pas encore. - On va où ? Le chauffeur te répond dans
son rétroviseur. - À Novgorod. Tu rigoles. Tout seul
tu rigoles. - Y a quoi à Novgorod ? - Il a claqué le
vieux. - Quel vieux ? Il fume le conducteur. Il fume
pendant qu’il te parle. Elle sort d’où la fumée ? La
fumée sort de sous la muselière. La bouche en cul de
poule dans le rétroviseur te parle. - Le père, voilà
qui il est. Rebelote : tu es seul à rire, chacun son
tour putain. - Le père de qui ? - T’es une merde, te
dit l’asperge, c’est notre père à tout le monde fils
de pute, alors maintenant débande & redescends, ok ?

Mais merde, tu penses : c’est qui ces gens ? & c’est
qui ce vieux ? & toi, t’es qui ? Putain de bordel de
merde ? T’es qui ? Tu te regardes dans le reflet des
choses vues dans la vitre. T’es personne. T’es nulle
part... T’es niqué ! T’es tout stroboscopique aussi.



test chapo


°

Notes


test ps

°