Gare de C., entre deux bombes

Les jours raccourcissent. J’en suis au stade de la fiction mentale : ces idées que je disperse, sur le papier dans ma tête, puisque jamais écrites ne sont jamais gâchées. Je me retiens de tout écrire, de commencer le sacrifice. Et tout est beau, tout est vrai, tout est brillant tant que rien n’est posé, encore moins dit. Mon odyssée cosmique, « vies // », n’a toujours pas de titre. Pour ces mêmes raisons ça me soulage, mais, fatalement, du coup, je ne peux pas le taguer dans ce journal. Je crains pour la traçabilité de l’ébauche dans le temps. T majuscule plutôt. 

Les hurlements du voisin husky me manquent. Sans eux les cloches de l’église, toutes les heures ou même pire, sont privées de leur fonction : déclencher à distance les échos de sa gueule vers la lune attirée. La lune.

Chaque matin je pourrais dresser portrait, photo ou mime des ces gueules là d’habitués du PMU, mêmes gueules, mêmes tasses, mêmes membres embarrassés et inutiles de tous cotés des côtes.

Providence de Juan Francisco Ferré est disponible en numérique, je prends. Même trop cher oui je prends. Tant qu’à faire ne plus, ne pas, continuer à empiler les couvertures, souples ou pas souples, poche ou pas poche, au dessus de mon écran, mes yeux. Avant et après futur déménagement conditionnel (encore fictif). Je regrette que les éditions Absalon n’aient pas imité Passage du Nord Ouest pour le nouveau Werner Kofler. Je l’attendrai, peut-être, peut-être pas. Vivement venir le jour où Amazon lancera son offre d’abonnement illimité. Deux ans ou plus après les abonnements Publie il est bien temps.

Que dire du court, du long, numérique ou papier. Lisant matin préface aux Villes invisibles de Calvino 1, je trouve sa méthode d’écriture par fragments si proche de celles, numériques, qui consistent à publier des strates de paroles, couche par dessus couche, et à classer les textes de manière transversale : je pense aux tags. Nous écrivons comme ça. La seule différence avec son époque, c’est qu’ici tout est écrit, plaqué puis lu en quasi simultanéité. Calvino dit lorsque la chemise est bien remplie penser au livre. Dans mon cas rassembler, trier, et envoyer Publie. A la lumière de ces mots relire l’article déjà lu hier, René Audet, initulé « Le long, le bref et le truchement numérique ». “ Je suis porté à penser que le numérique opère un déplacement,un peu comme le western spaghetti, présent en sous-texte dans mon titre, a conduit à un remodelage du genre western canonique. ” Et moi pourquoi m’en tiendrais-je au très bref ? J’ai des envies d’interminable. Et pourtant mon machin, sans titre, « vies // », est bien le même amas de couleurs brèves que je sais déjà faire. Oyssée ou pas. Cosmique ou pas.


vendredi 16 septembre 2011 - mardi 20 février 2024




↑ 1 

Quand j’écris, je travaille par séries : j’ai plusieurs chemises où je glisse les pages qu’il m’arrive d’écrire, selon les idées qui me passent par la tête, ou même de simples notes pour des choses que je voudrais écrire. J’ai une chemise pour les objets, une chemise pour les animaux, une pour les hommes, une pour les personnages historiques et une autre encore pour les héros de la mythologie ; j’ai une chemise sur les quatre saisons et une sur les cinq sens ; dans une autre, je rassemble des pages sur les villes et les paysages de ma vie et dans une autre encore celles sur des villes imaginaires, hors de l’espace et du temps. Quand une chemise commence à se remplir, je me mets à penser au livre que je peux en tirer. 

Italo Calvino, Les villes invisibles, Préface, Points Seuil, traduit par Martine Van Geertruyden, P.1-2.

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Guillaume Vissac est né dans la Loire un peu après Tchernobyl. Éditeur pour publie.net entre 2015 et 2022, fondateur en 2023 du laboratoire d’édition Bakélite, il mène également ses propres chantiers d’écriture et de traduction, principalement en ligne (mais pas que).

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