« J’ai envie de vous dire merci pour votre présence si nombreuse. J’ai envie de vous dire que c’est ici et maintenant que notre combat prend corps. J’ai envie de vous dire avec ma voix la plus forte que demain commence aujourd’hui. »

On n’a jamais besoin que d’une paupière pour vider la pupille de ses images récalcitrantes, celles issues du passé immédiat. On se passerait bien volontiers que ce passé résiste. Et, oui, je dois bien l’avouer, au moment où ce mec se couche sur mon pare-brise je suis aussi hier, ailleurs, à la tribune du Palais des Congrès, face au micro où ma voix se déverse. Je suis aussi demain, pris sous les failles d’un séisme dont les fêlures me digèrent (des métastase précoces). Je suis, enfin, aussi, toujours dans le reflet des rétroviseurs, celui qu’on appellera Monsieur le maire, qui sort de la voiture, qui voit sous l’essuie-glace le mec et le menton du mec et qui demande à ceux tous attroupés autour : est-ce qu’on est déjà demain ?
Personne pour me répondre.
Au fond, c’est très simple : l’image a dû glisser. Derrière le volant, le pare-choc, le pare-brise, avais la tête hier. Lui est tombé devant moi, j’ai freiné tout de suite, oui mais un temps trop tard. Et je le dis clairement, l’instant précédant l’impact, j’étais à la tribune, devant moi quelques milliers de personnes et des spots dans mes yeux m’éclaboussaient les tempes, j’articulais les mots : « je veux m’arrêter une seconde avec vous sur le niveau d’exigence que cette crise va exiger de nous. »
Personne non plus pour m’empêcher de l’installer dans ma voiture, de me charger directement de lui car, je le dis et je le répète, « c’est ma responsabilité ».
Une fois allongé sur la banquette arrière, le mec bute sur deux phrases, toujours les mêmes, mais aucune pour avancer son nom. Je ne pose pas la question. Sur ses joues, une barbe de gamin qui brille au soleil : j’y vois des fils de cuivre.



vendredi 16 avril 2021 - samedi 11 mai 2024

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N’oublions pas que le 12 décembre 2012, il était question d’une fin du monde. Laquelle ? On n’a pas su. Tout a continué de tourner. Mais en amont de cette date, plusieurs d’entre nous avaient été invités à écrire quelque chose sur cette fin venante (annoncée du moins), sur la proposition de l’éditeur Jean-François Gayrard, disparu en 2018. g@rp, notamment, était parti de cet appel pour construire son Locked-in Syndrom. J’avais aussi écrit quelque chose, puis comme souvent c’est resté au rang de premier jet, et ça a disparu quelque part. J’ai pratiquement tout oublié de ce récit, si ce n’est qu’un passage remixant un discours politique bien réel a ensuite servi dans une partie de Mondeling. L’envie est moins ici de faire renaître un roman de jeunesse que de voir si, par le biais du caviardage, utilisé notamment par Lucien Suel dans ses fameux Poèmes express, on pouvait faire d’un mauvais texte un texte autre. S’en tenir aux énergies pures. Ne garder que l’écume, pas la vague. Qui sait lui faire dire ce qu’il n’a jamais dit. Bref, s’en servir comme matière première uniquement, et le recycler vers d’autres formes. Sans rien ajouter ni modifier, simplement en ôtant. C’est une mise en scène, bien sûr. La mise en scène d’un texte disparaissant. Voyons où ça nous porte.



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Guillaume Vissac est né dans la Loire un peu après Tchernobyl. Éditeur pour publie.net entre 2015 et 2022, fondateur en 2023 du laboratoire d’édition Bakélite, il mène également ses propres chantiers d’écriture et de traduction, principalement en ligne (mais pas que).

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